Ca ne ressemblait pas au remake de L’auberge Espagnole
Il y a quelques mois, désireuse de découvrir le monde et de vivre la fameuse expérience des études à l’étranger, je suis partie pour 5 mois en Erasmus aux Pays-Bas. L’occasion de connaître une nouvelle culture, un nouveau mode de vie, de nouvelles personnes… Mais aussi l’occasion de quitter le cocon familial et d’avoir mon propre chez-moi. Ce que je ne savais pas encore, c’est que la définition d’un « chez-soi » se révélerait très vite assez… relative.
Quand j’ai du choisir le type de logement dans lequel j’allais vivre pendant tout mon Erasmus, j’ai opté pour la résidence étudiante, avec cuisine et sanitaires partagés par les étudiants de l’étage. Je ne m’attendais pas à me retrouver au septième étage d’un immeuble en voie de décomposition, en compagnie de seize autres étudiants venus des quatre coins du globe. C’est pourtant ce qui m’attendait, en plein cœur de la belle Amsterdam.

On avait chacun une chambre de 12 mètres carré. « Chacun », c’était des Américains, des Chinois, un Sud-Coréen, une Suédoise, une Italienne, une Sud-Africaine, une Irlandaise, un Allemand, un Canadien, une Belge, et deux canadiennes. Une dizaine de nationalités, et autant de cultures différentes : un joyeux bordel ! Tu t’imagines les soirées à n’en plus finir, les longues veillées à parler de tout et de rien et les grands brunchs où chacun apporte sa participation. Et il y a de ça; mais ce qu’on ne montre pas dans les films, c’est aussi la face sombre de la colocation Erasmus : les montagnes de vaisselle que personne ne fait et les messages de désamour qui vont avec, accrochés un peu partout dans la cuisine; le sol collant des lendemains de soirées; les expériences multiples de ceux qui n’ont pas choisi Amsterdam que pour son architecture…


Les premiers jours, les étudiants qui étaient arrivés avant moi m’ont annoncé la couleur : les locaux étaient délabrés, les ascenseurs souvent en panne et il fallait se battre pour avoir une petite place dans les frigos. Mais il y avait aussi les soirées dans la cuisine enfumée, les caisses de bières empilées, les tables de beer pong et les discussions haut perchées passé deux heures du matin.
C’est quand on m’a présenté la « drug room », une chambre inoccupée qui servait de squat, et d’atelier pour toute personne – de préférence alcoolisée – voulant s’essayer au graff, que j’ai vraiment su où j’étais tombée. Les tags pseudo philosophiques sur les murs de tout l’étage étaient aussi là pour me le rappeler tous les jours.

La vie en communauté, c’était aussi découvrir et s’adapter aux autres. J’ai découvert l’extravagance des Américains, toujours « so excited » chaque fois que quelqu’un avait une idée, le sens de la fête version espagnole, ou encore les habitudes culinaires chinoises, à base de petits légumes cuisinés avec soin pendant des heures tous les jours. J’ai appris à cuisiner sans four ni micro-ondes, à faire ma douche la nuit pour plus de tranquillité et à faire des séances ménage de l’extrême tous les week-ends.
Entre maniaques et bordéliques, fêtards et ermites, vegans et carnivores, pas facile de se faire une place. La résidence étudiante est un lieu curieux pour un premier logement. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est une expérience à vivre une fois dans sa vie, qui forge et que je ne risque pas d’oublier. Ni de regretter, finalement.


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