L’afrobeats, comment la culture africaine a marqué la musique internationale

De l’afrobeat à l’afrobeats, l’africanisme dans la musique d’aujourd’hui

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           Fela Kuti

Quand on pense à l’afrobeat, là où certains y verront le funk nigérian endiablé de Fela Kuti et Tony Allen, d’autres, des créations plus contemporaines comme celles de Wizkid, P-Square ou certains arrangements de Maître Gims, Drake et autres. C’est parce que l’afrobeat, dont Kuti et Allen sont les précurseurs, a teinté la musique internationale depuis près d’un demi siècle pour forger une identité musicale proprement africaine.

Cette culture musicale africaine est née du Highlife à la fin du XIXème siècle, genre musical originaire du Ghana, puis s’est exportée vers l’ouest du Nigéria par la suite. Composé à la base par des orchestres de cuivres, ce genre va façonner la musique populaire de la côte ouest africaine du XXème siècle en associant du chant et des composantes de musique locale traditionnelle avec du jazz occidental. On peut citer l’excellent Ebo Taylor et E.T. Mensah, le « King of Highlife », comme références du genre musical ghanéen.

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                  Ramblers Highlife Ghana 1968 album cover

C’est grâce à cette musique, destinée dans un premier temps à faire danser la bourgeoisie coloniale, que va naître dans la deuxième partie du siècle l’afrobeat comme symbole de l’émancipation africaine post-coloniale.

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Forgée par Fela Anikulapo Kuti et son batteur Tony Allen au cours des années 60, Kuti cherche à créer un son fondementalement africain, une musique tant dansante que contestataire, objet de l’émancipation culturelle africaine. L’afrobeat mêle dans ses origines le blues américain, le jazz, le funk et la soul (fortement inspiré de James Brown aux Etats-Unis et de Geraldo Pino au Nigéria), ainsi que la musique traditionnelle Yoruba (une des trois plus grandes ethnies composant le Nigéria). Ce mélange des genres façonne une spécificité propre à ce courant musical qui va s’imposer comme l’un des plus grands courants de musique populaire du XXème siècle. C’est à partir de 1969, après le retour de la désastreuse tournée américaine, que Fela Ransome Kuti & Nigeria 70 dévoile au monde ce qui désormais sera appelé l’afrobeat grâce à des titres comme « Lady » et « Shakara » (EMI, 1972).

Evoluant à travers les décennies, l’afrobeat donna naissance à l’afrobeats au début des années 2000. Musicalement très différent de ce que jouent Antibalas Afrobeat Orchestra, Femi Kuti ou encore Akoya Afrobeat Ensemble, l’afrobeats de Wizkid, D’banj ou R2bees mêle des rythmes africains avec un son s’assimilant plus au dancehall et au R’n’B qu’à l’afrobeat développé dans les 70’s.

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      R2bees

TRACE, magazine de référence de la culture afro-urbaine, a sorti au mois de septembre AFROBEATS: FROM NIGERIA TO THE WORLD, un documentaire centré sur l’afrobeats. Olivier Laouchez, cofondateur du magazine déclare :

« L’afrobeat de Fela Kuti et Tony Allen a ouvert les portes de “l’afrobeats” d’aujourd’hui – un genre musical s’étant développé avec son temps et qui continue à délivrer un message d’émancipation et à exalter la fierté africaine. De Lagos à Paris en passant par New York et Johannesbourg, cette musique montre le chemin à la jeunesse urbaine d’aujourd’hui dans leur vie quotidienne. TRACE devait y rendre hommage ».  London’s Afropolitan Station  (lien ici).

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L’afrobeats est une révolution musicale africaine du XXIème siècle et s’est imposé sur la scène musicale internationale avec par exemple le UK Afrobeats Festival de Londres spécialisé dans la promotion du genre. On parle désormais d’afropop, d’afrotrap et autres déclinaisons du genre, comme courants musicaux dérivés de l’afrobeats, véritable révolution musicale pour certains et retour aux sources pour d’autres.

 

Michel-Angelo FEDIDA