Faut-il larguer ses potes ?

Quand les nuits blanches au bar se transforment en pique-nique avec leurs mômes

Me voilà arrivée à un point de ma vie que je n’attendais pas vraiment avec impatience…Trentenaire fêtarde et indépendante, je me retrouve face à un dilemme de taille. Le fond du problème le voici : quand les anniversaires passent de « nuit blanche au bar » à « après-midi pique-nique avec progénitures », faut-il larguer ses potes ?

Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai absolument rien contre les enfants. Hormis le fait que leur analyse de la condition humaine est des plus déplorables, ils ont plutôt tendance à m’attendrir. Non, le véritable problème réside dans ce qu’ils nous empêchent de faire, ou plutôt dans ce que nous nous empêchons de faire en leur compagnie. Car, même s’il paraitrait absurde de proposer à ses potes récemment devenus parents de se murger au Mojito dans les clubs jusqu’à l’aube avec leurs bébés sous le bras tout en lui soufflant la fumée de sa clope au visage, rien ne les forcent à rester enfermer. Ils pourraient engager un baby-sitter et profiter d’une soirée loin des couches et des cris pour décompresser. D’ailleurs, certains rares spécimens le font et, à leur crédit, je peux dire qu’ils mettent un point d’honneur à profiter de leur « soirée de liberté » !

potes

Mais le fait est qu’une très large majorité d’entre eux n’en n’ont tout simplement plus envie. Les sorties dans le dernier bar à la mode ou le repaire crado où la pinte est à 3 euros ne les font plus bander. Quand ils daignent y faire un tour, ils repartent à 22 heures tapantes et ne titubent même pas. Ils ont changé et, selon eux, ils ont changé pour le mieux.

Naturellement, les rencontres s’espacent et cela va bien à tout le monde jusqu’à une certaine date fatidique, l’anniversaire d’un des dits potes. Comme on a déjà raté tous les après-midi « jeu de société » ou « balade en forêt », il ne reste plus beaucoup d’excuse valable pour esquiver celle-là. Et nous voici face à la nouvelle réalité de nos potes. Bien, bien loin de notre conception de la fête.

potes

Leur kif maintenant, c’est de trainer avec d’autres couples de parents, bouffeurs de quinoa et de parler de leur cours de yoga prénatal autour d’un brunch vegan à trente balles l’assiette. Ou, pire encore, d’organiser un « chouette pique-nique » où tout le monde ramène quelque chose. Attendez-vous à déguster une quiche froide anormalement liquide, encerclé par une joyeuse bande de neurasthéniques tentant de prouver de toutes leurs forces à quelle point ils sont épanouis. Voici venue la nouvelle ère terrifiante de conversations passionnées sur des sujets aussi sensibles que « les réunions de copropriété », « la méthodologie expérimentale des écoles maternelles » ou « cette fameuse série dont tu m’avais parlé il y a trois ans et dont j’ai enfin vu le pilote »… Mais ne vous en faites pas trop car, au final vous ne pourrez jamais entendre la conclusion sûrement fracassante de toutes leurs juteuses anecdotes puisqu’ils ne termineront jamais une phrase, tant ils seront occupés à crier à leur mômes : de ne pas s’éloigner, de ne pas pousser la petite fille, de ne pas taper le chien, d’arrêter de crier, de venir manger sa salade de concombre, de ne pas se mettre sa salade de concombre dans le nez… Bref, vous n’aurez que la moitié des informations et devrez vous débrouiller avec pour résoudre le mystère de leur fameux bonheur parental.

À LIRE :   Les beaufs, on les malmène mais on les aime
potes

Alors, faudrait-il leur dire au revoir, en promettant de les rappeler un jour d’ici une quinzaine d’années ? Doit-on au contraire supporter la situation quitte à devenir complètement maso ? Ou bien se contenter de les esquiver gentiment tout en s’apitoyant sur leur sort ? Ils n’ont pourtant pas l’air bien malheureux avec leurs collections de cailloux et de mouchoirs sales dans leur poches. Mais me transformer en nanny sympathisante face leurs questionnements sur l’éducation moderne n’est pas vraiment dans mes projets immédiats.

La solution que j’ai trouvée n’est certes pas idéale mais me permet au moins d’avoir un pied dans les deux mondes. Rien n’empêche de continuer à se saouler dans les bars jusqu’à pas d’heure et de se ramener avec la pire des gueules des bois au pique-nique du lendemain. L’aspect négatif de cette solution c’est que les cris des enfants n’en seront que plus stridents et qu’on aura beaucoup plus de mal à s’intéresser à la conversation autour des couches lavables qui sont drôlement plus écologiques quand même. L’aspect positif, c’est que la dernière née de sa pote ne sera pas la seule à vomir sur l’épaule de sa mère, ni sur la quiche.

Benzedrine