Skopje, le Disneyland des Balkans?

Une capitale à double facette, entre tradition et modernité subie

Skopje

La Macédoine n’est pas une destination privilégiée des touristes. Enclavée entre la Grèce, Albanie, Bulgarie, Kosovo et Serbie, la Macédoine ne dépasse pas la taille de la Bretagne, alors que son grand empire s’étendait jusqu’en Inde au temps des conquêtes d’Alexandre le Grand. Indépendante depuis 1991, les cicatrices sont pourtant encore vives et les querelles non ensevelies. Le spectre de la guerre frontalière avec l’Albanie en 2001 n’a eu cesse d’attiser de difficiles relations avec les pays voisins et l’Europe. Non membre de l’Union Européenne, faute d’une Grèce trop imposante, la Macédoine ne cesse pourtant de regarder vers l’avenir et se transforme pour le meilleur…ou le pire.

Skopje

Desservie en vol low cost, la capitale Skopje offre un bon compromis entre Occident et Orient. Avec une chaleureuse hospitalité, des prix attractifs (1,50€ la bière), et une succulente nourriture, il serait grand temps de prêter attention à Skopje et l’apprécier avant sa dénaturation identitaire et architecturale. 

Skopje

Un samedi après-midi, j’arpente Skopje sous une fine pluie du mois de juin. Des échafaudages côtoient des monuments d’un blanc immaculé, et les statues ne cessent de s’ériger toujours plus haut dans les airs. J’emprunte une rue dénuée de passants où pullule une enfilade de statues et où résonne une musique tonitruante étrangement similaire à Disneyland, bienvenue à Skopje !

Skopje Skopje

Trop calme pour un week-end, le centre-ville de Skopje, constamment en chantier, est tristement défiguré par un projet architectural peu apprécié des locaux. « Skopje 2014 » tente de donner un nouveau visage à la ville détruite par le séisme de 1963, en érigeant pléthores de monuments aux colonnades romaines, et des statues de personnalités historiques. Seulement, des sommes pharaoniques ont été dépensées dans cette tentative de recréer l’histoire du pays. Les Macédoniens n’ont en effet jamais eu de liens antécédents avec l’Arc de Triomphe, pourtant bien érigé. Bientôt, la grande roue de Londres et la tour de Toronto seront également plantées dans le décor kitsch et exubérant de SkopjeIndignés par un tel gaspillage financier, les macédoniens essayèrent d’exprimer leur mécontentement en projetant des bombes de peintures sur les bâtiments démesurés. En vain…

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Attristés mais ne perdant jamais espoir, les habitants préfèrent emprunter un des plus vieux ponts de la ville pour se retrouver dans le quartier historique et encore traditionnel (pour combien de temps ?). Dans le bazar, le plus grand après Istanbul, l’authenticité s’exprime dans la vivacité des rencontres au fil des marchés, des pauses cafés ou à la sortie d’une mosquée.

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Si le bouillonnement du bazar devient trop oppressant, la pause nature s’effectue à seulement 30 minutes du centre ville. Depuis le mont Vodno, Skopje s’étend de plus belle entourée de collines verdoyantes.

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Fiers de leur pays et de leurs racines multiculturelles, les Macédoniens auront cœur à raconter leur difficile passé et instable présent, toujours le sourire aux lèvres et les yeux pétillants, heureux d’une nouvelle rencontre avec un touriste curieux.

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Ecriture et photos tous droits réservés : Solenn Cordroc’h