Ren Hang, le nu contre l’Etat chinois

Ren Hang, artiste torturé et nudité authentique

Ren Hang

Ren Hang, jeune photographe chinois, s’est suicidé à l’âge de 29 ans le 24 février dernier. Il laisse derrière lui une Œuvre singulière, souvent censurée dans son pays, encensée dans le monde de l’Art. L’occasion de retracer une carrière courte mais foisonnante.

  Ren Hang

Il débute la photo en 2008. Autodidacte, il commence par prendre ses ami(e)s en photo, et a déjà une forte affinité pour les nus. Il ne photographie pas n’importe qui, ni n’importe comment. Il a besoin de la confiance de ses modèles, de pouvoir parler avec eux, qu’une confiance s’installe pour les photographier tel qu’il le souhaite, voilà pourquoi ce sont souvent ses proches. Dans une interview à Vice en 2013, il dit « J’aime les prendre en photo parce qu’ils me font confiance, ce qui me permet d’être plus détendu ; travailler avec des étrangers me rend nerveux. ». Il photographie sans mise en scène, sans équipe derrière lui, sans lumière sophistiquée, avec un petit appareil argentique Minolta. Il gardera toujours cet aspect instantané, désinvolte, avec beaucoup de recul, mais pas négligé. Sur son processus de travail, Ren Hang dira dans Vice :

« Je ne prends pas de photo avec un but précis ou en suivant un plan particulier – je saisis tout ce que je peux attraper. Je ne me demande jamais si une scène est sexy ou pas quand je prends une photo. […] J’aime tirer le portrait de chaque organe d’une manière fraîche, vivante et émotionnelle. […] Je ne prévois rien avant de shooter. L’inspiration me vient quand je regarde mon modèle à travers le viseur. Je shoote, tout simplement. Même si la plupart du temps, les modèles suivent mes instructions au lieu d’agir par eux-mêmes. »

Ren Hang

Ren Hang devient rapidement un artiste important de la scène internationale grâce à l’esthétique de ses nus, mais aussi et surtout à l’aspect politique de ses photos. Si lui assure ne pas avoir d’intention politique à travers ses photos, c’est le contexte dans lequel elles sont élaborées qui fait de son travail une Œuvre politique. Ses expositions ont très souvent été censurées voire interdites dans son pays, pour pornographie ou « suspicion de sexe ». La Chine, un pays ultra-conservateur, est représentée par Ren Hang avec une liberté sexuelle exacerbée. Si pour lui, le nu représente l’authenticité de l’être, pour l’Etat, ce sont des photos à caractère sexuel. A propos de l’accueil de son travail en Chine, il dit à Vice :

« Mes photos, particulièrement celles montrant des corps nus, sont interdites dans les galeries chinoises. Exceptionnellement, celles qui ne sont pas explicites arrivent à être exposées, mais même avec celles-là, j’ai beaucoup de difficultés. Par exemple, une de mes expositions a été annulée par le gouvernement chinois pour « suspicion de sexe ». Un jour aussi, un visiteur a craché sur une de mes photos. Et ce ne sont que quelques exemples des problèmes que j’ai eus. Aucun éditeur chinois ne publiera mes livres, et j’ai déjà été arrêté alors que je shootais en extérieur. »

Ren Hang

En revanche, en janvier dernier, Taschen, éditeur célèbre mondialement pour ses publications sur l’Art, publie la première monographie de Ren Hang, anthologie de ses principales œuvres entre 2008 et 2015. Il a également été exposé dans de nombreuses galeries dans le monde, plus de 20 expositions personnelles et 70 collectives durant les six années de sa brève carrière, dans des villes telles que Tokyo, Athènes, Paris, New-York, Stockholm, Los Angeles, Amsterdam, Copenhague, Francfort, Vienne, et même (ENFIN) Pékin. Il a sorti 16 monographies en auto-publication et à de faibles tirages, dont le prix atteint désormais jusqu’à 600 $.

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Ren Hang

En six années de carrière, Ren Hang a su brouiller les frontières entre les sexes, représentant sans différence les hommes et les femmes, dans des situations et des postures explicites ou non, mais toujours avec une volonté d’authenticité. Montrer les gens tels qu’ils sont à la naissance : nus.

Ren Hang

Sur son profil Weibo (équivalent de Twitter en Chine), il publiait régulièrement des poèmes et des messages, tenant la chronique de sa dépression, en ligne. Une dépression chronique qui durait depuis de nombreuses années, et qui semblait empirer. Certains de ces messages semblaient même prévoir cette fin prématurée :

« Chaque année, je forme le même vœu : mourir plus tôt » (le mois dernier à la veille du Nouvel an chinois.)

« Depuis tant d’années, j’ai essayé de me soigner, partageant mon moi entre les rôles de médecin et de malade » (l’été dernier)

« Si la vie est un abîme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une manière de voler ». (l’été dernier)

 

Il se serait défenestré à Pékin le 24 février 2017. Il laissera derrière lui six ans de photographies, l’œuvre d’un homme torturé qui se sera battu (peut-être inconsciemment) pour la liberté d’expression, de création et de publication des artistes chinois.