Les gangs de Manchester

Manchester, ville gangrénée par les gangs depuis le XIXème siècle

Manchester, réputée pour ses groupes de musique ayant popularisé la ville comme, Buzzcocks, Joy Division, les Stone Roses ou Oasis, pour son label local Factory Records, pour l’Haçienda, mais aussi pour sa culture gang toujours présente.

La ville était déjà gangrénée par les gangs au XIXème siècle. En 1843 on comptait 330 maisons closes à Manchester. Vers 1870, le gangs des scuttlers se forme. Leur nom faisait référence au bruit qu’ils faisaient en marchant avec leurs sabots. Ses membres étaient principalement âgés entre 14 et 19 ans, ceux de plus de 20 ans étaient considérés comme des vétérans (devine pourquoi). Ils avaient leur propre style vestimentaire cherchant à se démarquer de la génération précédente et sont considérés comme l‘un des premiers exemples de la culture jeune à Manchester.  En 1890, l’un des gangs des plus craints était les Bengal Tigers, nommés vis-à-vis de la rue de Harpurhey dans laquelle ils vivaient. Ils avaient l’habitude de se battre au couteau, avec des tessons de bouteille et de lourdes ceintures en cuire dotées de grosse boucle permettant de fracturer les os. Ils se battaient pour diverses raisons comme la religion, le territoire ou les femmes. Pendant plus de trente ans ce gang terrorisa les rues de Manchester mais ils virent par la suite leur déclin à cause des longues incarcérations de leurs chefs, du réaménagement des bidonvilles, et par les politiques d’intégration des jeunes à travers les boys club et les clubs de foot.

Dans les années 5O ce sont les teddy boys qui sèment la terreur en Angleterre, dont à Manchester, armés de chaînes de vélos et de lames de rasoirs. Par contre il y avait très peu d’arrestations liées à la drogue dans les 50’s. Selon le chef de la police de Manchester, John Stalker, les affaires de drogues dans les années cinquante impliquaient quelques marins, un peu de haschich et quelques jamaïcains. On pouvait compter les arrestations liées aux stupéfiants sur les doigts de la main.

Les années 1960 à Manchester (comme à Paris) sont marquées par une politique de réaménagement urbain en remplaçant les bidonvilles par des blocs de béton. Durant les années 60 et 70 c’est essentiellement le Quality Street Gang qui s’occupa du trafic de drogue à Manchester. Durant ces années, les drogues chimiques comme les amphets se répandent grâce aux clubs fréquentés par les mods tel est le cas du Twisted Wheel qui ouvrit sur Brazennose Street en 1963, puis, fut déplacé sur Whitworth Street en 1966 jusqu’à sa fermeture en 1971. Ce club était réputé pour passer de la Northern Soul très appréciée par les mods. Il organisait des all-nighters dans lesquelles les participants prenaient des prodes pour rester éveillés. C’est d’ailleurs ce qui entraina sa fermeture à cause des problèmes liés à la drogue.

La crise britannique de la fin de la décennie 1970 et le fort taux de chômage principalement à Manchester durant l’ère Thatcher entrainèrent les jeunes à choisir un autre mode de vie pour subsister. Le nombre de crimes par armes à feu quadruple entre 1979 et 1982. 1979, c’est justement la date à laquelle l’héroïne devint un problème majeur à Manchester. La révolution iranienne et l’interdiction de la culture du pavot font que l’héroïne est acheminé en grande quantité à Manchester. Les gangs ont très vite compris le profit qu’ils pouvaient se faire avec le trafic de stupéfiant. Dans les années 80 par exemple, l’ecsta était souvent acheté à Amsterdam où une tablette coûtait l’équivalent de 3,50£ alors qu’elle se vendait à 15£ en Angleterre.

Le gang de Cheetham Hill, les Hillbillies, se firent une réputation à la fin des années 70, début 80. Dans les 80’s, ils étaient considérés comme le gang black le plus dangereux de l’histoire britannique. Ils se rendaient armés dans le club Parliament pour vendre pilules et cannabis. Ses membres étaient principalement issus de l’immigration africaine et non caribéenne. Par exemple, en mars 1989, ils braquèrent un convoi de fonds en écrasant un des gardes et s’emparèrent de 134 000£ de devises étrangères et 27 000£ en chèques voyage. En juin 1989, ils attaquèrent le Thunderdome, un homme cagoulé armé d’un fusil à pompe tira dans les jambes des trois videurs pour montrer leur pouvoir et leur monopole sur le trafic de drogue dans le club. En septembre 1989, la police ferma le club Gallery, repère favori des gangsters de Cheetham Hill. La semaine d’après ils migrèrent à l’Haçienda.

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Le gang de Pepperhill était lui essentiellement caribéen et spécialisé en cannabis. Ceux de Moss Side étaient réputés pour être les plus violents. Celui de Salford était principalement composé de blancs et réputés pour être de bons bagarreurs. Peter Hook raconte dans L’Haçienda : La meilleure façon de couler un club que « piéger les verres des autres était devenu un sport local à Salford. Si vous alliez au Swan, il était impossible de laisser trainer son verre sans surveillance, il fallait toujours l’emporter aux toilettes avec soi si on ne voulait pas que quelqu’un y dépose un acide pour rigoler un coup« . L’étage du club Konspiracy était réputé pour être la « Salford’s room« . Ils y officiaient dans la vente de drogues. Ce club était enfumé par les fumeurs de joints. Un rapport de police rédigé par des policiers en civil qui s’y trouvaient dénombra 62 personnes y fumant de la dope. Le co-gérant, Marino Morgan, se justifia auprès des autorités en ces termes : « Konspiracy is ours. We run it, no-one else does. The gangs come in, but whithout Robocop on the door they are difficult to stop« . Le club perdit sa licence en décembre 1990. La criminalité augmenta de 39% dans le Nord Ouest de l’Angleterre entre 1981 et 1986. Les gangs noirs vendaient principalement de l’héroïne, les blancs de l’ecsta et des amphets, mais les deux vendaient cocaïne et cannabis.

Une des familles des plus connues des gangs de Salford est la famille Noonan, dont le film A very British Gangster de Donal McIntyre raconte la vie de Dominic Noonan. Famille d’origine irlandaise, tous les enfants ont été nommés par des prénoms commençant par la lettre « D » en référence à la ville de Dublin, ville d’origine de leur père. Desmond Noonan a été le videur du Konspiracy, son frère Damian Noonan celui de l’Haçienda. Pour combattre le problème des gangs dans les clubs de Manchester, les membres de gangs se faisaient recruter comme videurs. Ce travaille qui consistait à faire la sécurité et surveiller les entrées et sorties leur permettait de contrôler la vente de drogue dans le club (en plaçant un membre de son propre gang dans le club). Les gangs rackettaient les dealers qui ne faisaient pas parti de leur bande. La méthode de « taxation » la plus prisée par les membres du gang de Salford était le « raclage » : le dealer était kidnappé, il était amené sur le rond point de la M602 à Salford, puis, son visage était maintenu sur le sol pendant que la voiture roulait.

Peter Hook nous raconte dans son livre que : « les dealers qui œuvraient à l’Haç se faisaient jusqu’à trois à quatre briques les vendredis et quatre à cinq les samedis« . L’Haçienda ferme une première fois en janvier 1991 à cause des violences causés par les gangs. « Lorsqu’ils se sentaient particulièrement sûr d’eux, les gangs faisaient des razzias sur le bar dans le seul but de prouver leur immunité. Ils sautaient par deux ou trois au-dessus du comptoir et attrapaient quelques bouteilles. Les barmans qui essayaient de les empêcher récoltaient une baffe ». Le point positif c’est qu’à l’Haçienda les gangs de Moss Side se faisaient discrets car la porte était surveillée par celui de Salford.

Le mouvement rave a créée un marché nouveau et prolifique pour les gangs de Manchester. La ville s’est déjà transformée en Madchester en 87, de par les conflits entre les gangs la ville est ensuite très vite surnommée Gunchester dans le début des années 90. La consommation de drogue est estimée à plus de £500 millions au début des années 1990 en Angleterre, tandis que les délits en rapport à son usage sont passés de 12 754 en 1976, à 44 922 en 1990.

Si vous lisez l’anglais on vous conseille Gang War de Peter Walsh pour plus de détails croustillants. De nos jours il y a encore des quartier qu’il vaut mieux éviter de fréquenter dans le Greater Manchester et on te conseille d’éviter de t’y embrouiller avec n’importe qui.

Michel-Angelo