La nomophobie : tous accro à nos téléphones !

Avant utilisé pour communiquer, le téléphone sert aujourd’hui de GPS, de site de rencontres, de calendrier et de console de jeux. 

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Le smartphone est bien plus qu’un simple outil de communication pour beaucoup d’entre nous.

3,2 heures, c’est le temps que passent les 16-30 ans quotidiennement sur leur smartphone, selon une étude réalisée en 2015 auprès de 60 500 personnes dans le monde entier par le groupe TNS. Cela équivaut à une journée entière par semaine, et 49 jours par an. Si l’on peut prendre conscience de notre réalité hyper connectée en se retrouvant dans des clips comme ceux de Moby et Stromae (voir dans l’article), il n’est cependant pas évident de prendre le recul nécessaire pour « bien vivre » avec. 

Passer autant de temps sur son téléphone peut sembler ahurissant pour la génération de nos grands-parents voire celle de nos parents, pourtant, c’est absolument commun pour nous. Dans un entretien avec le journaliste Maxime Tellier sur France Culture, une jeune femme de 25 ans admet « vivre » avec son téléphone. Entre 2 et 3 heures d’appel par jour, 12 personnes contactées, et environ 100 sms envoyés, ce sont les données qu’elle communique au journaliste sur l’utilisation de son iPhone.

Et oui ! Si nous en sommes arrivés ici, c’est bien grâce à la création du tout premier iPhone en 2007 par Steve Jobs. Cet outil de communication est alors une révolution dans le monde de la téléphonie : il fait tout, en plus d’appeler. Calendrier, réveil, accès à internet, appareil photo, lecteur mp3, etc. Et depuis, la liste des outils que proposent l’iPhone ne cesse de s’allonger, nous rendants chaque jour un peu plus dépendant de lui.

Le smartphone est devenu plus q’un simple téléphone, il est l’extension de sa propre main, nous en sommes inséparables.
Les utilisateurs de smartphone le consultent une fois toutes les 10 minutes, au minimum. Pourquoi ? Par peur de rater quelque chose. En anglais, les sociologues appellent ce phénomène FOMO, ou Fear Of Missing Out, autrement dit l’hyper connexion. Entre les mails, les notifications Facebook, Twitter, les appels, les SMS et Messenger, l’iPhone sonne et vibre en continue. Si bien que l’absence de sonnerie suscite inquiétude et angoisse chez l’utilisateur. C’est notamment le cas de la jeune fille qu’a rencontré Maxime Tellier ! Étudiante en journalisme, elle a tenté de se «séparer » de son téléphone pendant une semaine, afin de se rendre compte de la place qu’il prenait dans sa vie quotidienne. Dans un journal en ligne, elle raconte chacune de ses journées, ses rencontres, ses galères et ses instants de gloire.

Jour 8 – Jeudi 12 décembre – L’heure du bilan

Bon, c’est le moment du bilan. 
Mes 7 jours sans smartphone? Ça va vous surprendre. 
Je crois que je me sens carrément plus libre sans mon téléphone qui constitue pour moi une source de distraction monumentale. 
Mon temps de concentration habituellement comparable à celui d’une mouette a triplé depuis mon sevrage. 
Ma désintoxication a fonctionné. Quand j’ai pris possession de mon téléphone hier , eh bien derrière le rideau de l’excitation, j’ai eu un sentiment de dégoût. 
Comme les fumeurs qui, pour arrêter, sentent une boîte remplie de vieux mégots pour mieux se dégoûter de la cigarette en inspirant du tabac froid.


Les millions d’adolescents et jeunes adultes ont peur d’être séparé de leur téléphone, d’être déconnecté. C’est ainsi que se définit la no-mobile phobia, ou nomophobie.

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Addiction ? Dépendance ? La différence n’est pas si claire que cela…
Serge Tisseron est psychiatre, et explique que la nomophobie n’est pas une nouvelle forme d’addiction, comme on aurait tendance à le croire. L’addiction est un terme, selon lui, réservé à définir la dépendance aux substances toxiques (alcool, drogue), non pas aux outils numériques et technologiques. Il faudrait alors remplacer le terme d’addiction par celui de pathologie lorsque l’on parle d’une personne nomophobe. Ensuite, Serge Tisseron décrit ceux qui sont le plus sujets à cette pathologie :

Les personnes qui vont être le plus « accro » à leur téléphone portable seront les personnes qui craignent le plus de rater un contact ou un lien, il peut s’agir d’un employé soumis au stress de son patron mais aussi d’un adolescent qui craint toujours de rater un lien de camaraderie. Ce qui caractérise l’adolescent, c’est à la fois un désir très fort de relations et en même temps une très forte crainte d’être instrumentalisé, donc le téléphone est un outil parfait pour qu’il arrive à gérer ses communications.

 

La FOMO fait l’objet de nombreuses recherches, et de plus en plus de questionnements sur le rapport au monde des individus (et à soi-même bien sûr). Dans un monde hyper connecté où l’on discute sans cesse avec des personnes via nos téléphones, la communication de chair et d’os semble rompue, oubliée voire même esquivée.

Et pour tenter de rétablir du lien social et de la communication, c’est dans le milieu professionnel que l’on commence à prendre les choses en main. Depuis janvier 2017, la loi française a opté pour le droit à la déconnexion. Celui-ci s’applique à tous les salariés d’une entreprise qui se doit de mettre en place des instruments de régulation de l’outil numérique. À commencer par la possibilité de ne pas répondre aux mails en dehors des horaires de bureau.

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