Réflexions et perceptions du street art aujourd’hui ?

Tout le monde n’est pas du même avis concernant la place du street-art dans la grande famille de l’Art.

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Dans les rues d’Angleterre, le street-art a pris possession, lentement mais surement, de nombreux supports utilisables. Principalement les murs, mais aussi le sol, les lampadaires, les bancs, les poubelles, tout est prétexte à coller un sticker, poser un pochoir, ou illustrer un pan entier de mur d’une hauteur de 3 mètres. Un peu comme partout dans le monde, me diras-tu ! Et tu as raison. Mais ici, nous allons aborder l’Angleterre via une enquête menée par la BBC, sur la perception du street-art par les habitants.

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Blackloop

Dans un premier temps, le simple constat de l’évolution du regard de la société face à la démocratisation du street-art est évoquée. Aujourd’hui, les oeuvres issues de la rue affichent (pour certaines) une valeur marchande qui n’existait pas quelques années plus tôt. Grâce à des références comme Shepard Fairey ou Banksy, un pochoir ou un poster collé sur un mur vaut des milliers de dollars. Ce que les gens se disent maintenant, c’est : « Est-ce que cela vaut de l’argent?« .
L’artiste anglais Neil Morris donne son avis au sujet des personnes dont ces mots sortent de leur bouche que : « Ce sont des personnes qui n’ont jamais eu et n’auront jamais d’affinités avec cet art ». « C’est l’argent qui a transformé la perception du street art. L’argent change tout ». Et il n’a clairement pas tort.
À Jadryk Brown d’ajouter que « Les personnes riches n’ont plus peur. Rien n’est effrayant si de l’argent est en jeu ». Car force est de constater qu’aujourd’hui, l’art urbain, bien qu’il ne soit pas « cautionné » dans sa création, est tout de même acclamé une fois terminé.
Pourquoi une telle admiration pour cet art cousin du graffiti ?

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Bristol

Richard Clay, professeur de Sciences Numériques à l’Université de Newcastle, réponds ainsi : « L’authenticité, la spécificité du lieu, et la nature unique des oeuvres de street art « pourraient » être une réponse à la surabondance d’images sur le web ainsi qu’aux rues saturées d’images commerciales. »
À Londres, le street art serait maintenant associé à l’amélioration des conditions économiques des quartiers populaires selon une étude de l’Université de Warwick.

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Londres

Si les institutions culturelles reconnaissent le graffiti « illustré » comme une oeuvre à part entière, ça n’est pas le cas de tous. Des habitants s’insurgent face à l’expansion de ces dessins qui parasitent leur espace de vie quotidien, les rues.
Kate Tudor affirme que « Le graffiti, c’est du vandalisme. Je dois encore payer pour l’enlever ». À quoi son collègue Josh Hartshorn ajoute : « L’art est quelque chose que vous choisissez de voir et de payer dans votre maison, tandis que le graffiti ne vous donne aucun choix. Vous devez en plus payer pour ne pas le regarder. »
Donc, si l’on écoute les deux intervenants, le graffiti est sale, vilain, et onéreux. Dommage pour eux, car dans street art il y a « art« , et le marché de l’art, ce ne sont pas les habitants d’une ville qui le contrôle. Kate et Josh n’ont qu’à bien se tenir : le street art va envahir un peu plus chaque jour leur quartier.

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Manchester

La marchandisation de l’art en général est un grand débat bercé par de nombreuses questions plus abyssales les unes que les autres. Qu’est-ce que l’art ? Comment dire que telle ou telle chose est de l’art ? L’art doit-il être beau ? Pourquoi l’art ?  Est-ce les institutions culturelles fixent-elles les « formes » d’art ? À cette dernière question, chacun est libre de trouver la réponse qu’il souhaite. Cependant, s’il y en a bien une qui se pose de manière récurrente au sujet des oeuvres de street art, c’est bien celle-ci.

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Marlborough

L’artiste Scotty Brave dit que le graffiti a toujours eu une valeur de message, qu’il soit provocateur, politique, humoristique, ou intelligent. Il répond à la question du pouvoir du street art : « Le street art a-t-il perdu son pouvoir ? Bien sûr que non, pas du tout. Comment peut-il ? Quel pouvoir a-t-il jamais eu? » pour enchaîner « Le pouvoir est dans la perception, il est engendré par l’observateur, il peut prendre le pouvoir s’il se permet d’être généralisé, d’être raconté comme s’il était compris par ceux qui tentent de le catégoriser. »

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On en revient donc, pour finir, à la question de la marchandisation du street art et à son exposition au sein d’institutions culturelles. Si l’on suit la pensée de Scotty Brave concernant le pouvoir « conféré » au street art par ceux qui tentent de le catégoriser, c’est-à-dire les musées et autres commissaires d’exposition, alors on arrive face à un mur. Pour certains, le street art doit rester dans la rue, quand pour d’autres, il peut être un moyen de simplement gagner sa vie.
Sam Fishwick, un graffeur de Liverpool affirme « Ce n’est plus du street art si on le met dans un musée ». À quoi John Doh ajoute « Quand une pièce est enlevée de la rue pour être accrochée au mur d’un musée ou d’une galerie, c’est presque un crime. Parfois, l’emplacement est aussi important que la pièce elle-même. »

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Le débat reste ouvert, et n’a peut être pas besoin de trouver une issue. L’art est subjectif de la même manière que le street art est de l’art. Alors, libre à chaque artiste de décider si oui ou non son illustration de 4 mètres sur 8 doit prendre racine sur les murs d’un musée; et même de décider s’il se définit comme artiste lui-même. Car comme l’a dit Neil Morris : « L’argent change tout. ».
Et s’il y a bien une chose dont nous pouvons être certains, c’est que ce constat sera toujours là.

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Source : « Street art : Crime, grime, or sublime ? »