Salvador, un pays dans les mains des gangs

Du sang, des larmes et le pouvoir politique à l’horizon

« Il a été identifié ?

Oui.

Quel âge avait il ?

17 ans. »

Une scène quotidienne pour une médecin légiste officiant à San Salvador, la capitale du Salvador. Dans le plus petit pays d’Amérique Centrale, le taux d’homicide est alarmant. En 2015, le Salvador a enregistré la pire année de violence de toute son histoire avec 6650 individus tués, soit une augmentation de 70% par rapport à l’année précédente. Cette spirale de la violence s’accélère. En 2015, 10 employés ont dû être embauchés à la morgue de San Salvador. Certains jours, plus de 40 corps sont réceptionnés, et certains doivent attendre leur tour, faute de places.

Salvador

 

Plages sauvages, sites maya, volcans, le joli pays est pourtant entaché d’une mauvaise réputation, pris en otage par les gangs ultraviolents, les Maras. Ces groupes criminels se partagent le pays en quadrillage bien précis. Les territoires sont majoritairement occupés par les deux plus grandes organisations se livrant une lutte à mort, la M18 et la MS-13. Gare à ceux qui osent s’aventurer au-delà de leur périmètre, sous peine de mourir sous les balles. La plupart des membres sont jeunes, et se reconnaissent par leurs tatouages à l’honneur de leur groupe d’appartenance. Face à une société qui les rejette, et un avenir sombre rongé par le chômage, les laissés pour compte se réfugient dans les bandes pour atteindre une vrai reconnaissance de leurs pairs.

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La guerre sans fin et sans merci repris de plus belle en 2014, avec l’arrivée au gouvernement du nouveau président ne souhaitant plus communiquer avec les membres. Alors le cessez le feu se mua en véritable bain de sang.

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Toutes les Maras règnent sur la ville en imposant leurs lois. L’année dernière, le pays a subi une grève générale des transports pendant 4 jours. Les institutions criminelles réclamaient alors de meilleures conditions de détention. Chaque année, pas moins de 18 millions de dollars remplissent les caisses des gangs, rien qu’avec l’extorsion des chauffeurs de bus. Cette somme n’inclut pourtant pas les bonus pour les vacances d’été et les primes de Noel. Tous les chauffeurs de transports publics doivent verser une renta aux gangs, soit environ un quart de leur salaire. Seul un patron d’une compagnie de bus refuse de travailler aux eux, mais ne se déplace alors plus sans son garde du corps.

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Même si les Maras s’auto proclament défenseurs des opprimés, cela ne les empêche d’extorquer des petits commerçants sur les étals des marchés. En échange, les habitants s’assurent d’une protection.

En s’investissant dans les affaires du pays, les organisations sont plus puissantes que jamais et réinvestissent l’argent récolté dans l’achat d’armes et de drogues. Conscientes de leur plein pouvoir, elles commencent à s’investir dans les affaires politiques de la ville. En gérant déjà les quartiers comme des maires, en organisant des conférences de presse depuis les prisons pour les têtes pensantes des groupes, la prochaine étape n’est ni plus ni moins que l’élection politique en 2018. Les Maras, première puissance politique de Salvador ? Réponse dans deux ans.