Lève les yeux et découvre le street art à Paris

Paris sous un autre angle

« Hello, how are you ? » Virgine entame la conversation. Entourées de 25 personnes étrangères, le street art tour, réalisé par Street Art Paris, se déroulera exclusivement en anglais. We can do it !

Depuis 3 ans, Virginie a le plaisir de faire visiter ses quartiers favoris, ceux de Belleville et Oberkampf. À eux deux, ils constituent l’épicentre de l’émergence du street-art à Paris, depuis déjà 40 ans, et débordent d’œuvres éphémères. Pendant 3 heures, la pétillante guide ne va cesser de partager son enthousiasme pour l’art de rue dans un quartier éloigné des circuits touristiques traditionnels. Let’s go !

 

La visite commence juste derrière nous. On se retourne pour admirer Le Mur, ancien panneau publicitaire qui fêtera bientôt ses 10 ans d’existence en tant qu’espace d’expression libre. Le Mur, c’est un lieu public où l’occasion se présente, deux fois par mois, de voir les artistes graffer et peindre. Ces derniers sont commissionnés par la ville de Paris, et permettent ainsi d’apposer leur patte graphique tout en renouvelant le paysage urbain ! Payés 750€, c’est une belle occasion de gagner de l’argent pour racheter des sprays. Mais ca ne les empêchera pas de travailler dans l’illégalité sur les autres murs de la capitale. Rendez-vous le 15 octobre pour observer les prochains street artistes et le renouveau du mur.

Paris

 

10 mètres plus loin, deux œuvres attendent qu’on les observe. Au dessus d’une devanture de boutique, on reconnaît rapidement le petit poster noir et blanc. L’un des artistes les plus connus de notre décennie, Shepard Fairey, s’impose dans la rue avec le portrait stylisé du boxeur français André le Géant, à la limite du logo. Simple, efficace, reconnaissable entre 1000 : c’est Obey.

Puis, on regarde en direction du ciel. Un graffiti impressionnent de part sa hauteur et sa grandeur, et surtout créant l’admiration car sa réalisation est tout simplement très risquée. Chiot, le street artiste en question, a peint un kaléidoscope de cocktail tout en dissimulant des toilettes abstraites et sa signature : deux spirales noires faisant penser à des yeux étourdis !

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On reprend la promenade, et voici la première artiste féminine du tour, Kashink. Sa signature ? Des couleurs vives, des motifs inspirés du folklore espagnol et beaucoup de personnages masculins. L’œuvre que l’on a devant nous représente deux personnages masculins à quatre yeux, de jolis monosourcils bien sexy, des boucles d’oreilles et une touffe de cheveux épais. Directement inspirés de Frida Kahlo ! Et surtout, la portée de ses messages conteste les problèmes sociaux actuels. Féministe, elle porte une moustache quand elle peint, et défend les droits des femmes. « Girls just wanna have fun damental rights ». Taggé d’un T.O.Y.S. (Tagging Over Your Shit) par un artiste de rue qui ne devait sûrement pas la porter dans son cœur, Kashink a du passer une « deuxième couche » sur sa pièce. C’est la dure loi de l’art de rue… !

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On remarche quelques minutes pour arriver dans la rue de la fontaine au roi, où Obey s’expose à nouveau, à côté d’une armature de vélo. Ride in Peace a découvert un beau jour 20 vélos dans sa cave. Trop vieux pour être réparés, il leur donne une deuxième vie en les exposant sur les murs de la capitale et explore la 3D peu courante dans l’art de rue.

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Ce mur long de plus de 30 mètres est quasiment tous les mois réinvesti et transformé par des graffeurs. L’art urbain se veut imposant mais aussi petit, comme ces pieuvres disséminées partout dans Paris de GZUP, qui seraient au nombre de 500.

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Toujours dans la discrétion, Invader reproduit en mosaïques colorées les personnages du jeu vidéo Space Invaders. Détail qui achève ? Le street artiste est le premier à avoir collé une œuvre sur un satellite, aujourd’hui dans l’espace. Il a aussi créé un jeu sur Smartphone permettant de flasher et d’identifier toutes ces pièces dans les rues du monde entier. Une sorte de PokemonGo, en mieux !

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Virginie nous invite à quitter le quartier de Oberkampf pour celui de Belleville et Ménilmontant. Dans la célèbre rue Dénoyez, le street art sévit encore, mais avec grande peine à cause de la récente destruction d’un squat, bientôt transformé en école et refuge pour femmes. Cela ne nous empêche pas d’admirer la profusion de messages tagués, collés, dessinés sur toute surface exploitable.

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On va un peu plus haut, où la place Fréhel et son jardin collectif apporte un apaisement immédiat. Le « heaven corner » est un travail collaboratif de deux artistes qui dénoncent ici la COP21.

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Un petit moule attire notre attention. C’est une œuvre de Intra Larue qui a réalisé et personnalisé plus de 450 moules de son sein pour apporter une touche de féminité dans un milieu à prédominance masculine… Comment éviter les gros pervers de les ramener dans leur salon ? Simplement en modifiant le matériau de fabrication, ultra fragile et friable au moindre coup de tournevis.

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Dans le parc de Belleville, le tour prend bientôt fin avec une vue imprenable sur Paris, et une œuvre de Seth qui ne peint généralement pas les visages, sauf ici. Un panorama d’humanité ou les enfants rêvent hauts en couleurs, et une performance plastique impressionnante car entièrement réalisée à la spray.

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On retourne tranquillement au point de départ, en croisant un pan de mur dédié également aux rêves, avec le jeune artiste Hopare, ou encore une représentation très juste de la chanteuse FKA Twigs. Fruit d’une collaboration entre 9 artistes, la fresque n’a pas été taguée une seule fois : c’est la marque de respect et d’admiration des autres artistes urbains.

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Paris foisonne d’artistes locaux de rue, alors à toi de lever les yeux et de les admirer.

 

Elisa & Solenn