The Room, le Citizen Kane des nanars

Un des meilleurs nanars de l’histoire

Tommy Wiseau, le réalisateur de The Room ne devait pas s’attendre, à la sortie en 2003, à ce que son film devienne aussi culte parmi les amateurs de nanar. Ce trio amoureux dans lequel il est le cocu a beau être une comédie dramatique à la base, il est pourtant plus risible que la meilleure des comédies.

On imagine sans peine le désarroi du réalisateur en apprenant que chacune des lignes de dialogue de son film sont moquées. Que le jeu des acteurs, qui jouent tous comme des tarés, déclenche l’hilarité chez tout le monde. Et que le produit final en lui-même soit considéré comme le pire film de tous les temps.

Pourtant, Tommy Wiseau s’en moque car il a réussi à tirer profit d’une situation qui ne lui était pas favorable à la base. Il encourage même les détracteurs à se moquer de son film. Mais dans le respect.

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Le fait est que The Room est aujourd’hui culte. T-shirts, slips, dvd, montres, goodies et produits dérivés en tout genre, Wiseau a fait d’un échec artistique une réussite commerciale. Le film est tellement populaire que certains cinémas organisent des « séances de minuit » où les fans et les curieux peuvent venir découvrir « le chef d’oeuvre » de Tommy Wiseau. Et le plus étonnant dans l’histoire, c’est que les séances sont pleines à craquer. Un cinéma new-yorkais passe même son film tous les samedi soir. Un vrai phénomène qui dure depuis 13 ans et dont le réalisateur a su admirablement tirer profit.

Lors des projections, c’est souvent lui-même qui accueille les spectateurs, médusés, de rencontrer la star. Une star qu’on pourrait qualifier d’un mélange improbable entre un méchant de James Bond et une ancienne gloire du métal. Avec un peu de chance il pourra même vous dire les meilleurs répliques de son film qui sont compilés dans des dizaines de vidéos sur internet.

Tommy Wiseau exporte même son film à l’international. Il fait des projections à Londres et Paris et est accueilli comme une rockstar. Il faut le voir pour le croire mais certains fans pleurent vraiment en le voyant.

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Mais pourquoi un tel emballement pour un film aussi mauvais ? Parce que c’est un anti-film. Un condensé de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. Les plans sont ratés, les dialogues risibles, les scènes de sexe trop longues et les acteurs pitoyables. Néanmoins, le film demeure fascinant. Peut être parce qu’on se dit qu’on aurait fait mieux avec un tel budget.

Il faut dire que The Room n’a pas lésiné pas sur les moyens. Tommy Wiseau a sorti 6 millions de dollars de sa poche pour produire son navet. Alors que des vrais bons films comme Rocky, Lost in Translation ou Mad Max avaient des budgets inférieurs à 1 million de dollars. Wiseau est même soupçonné d’avoir dealé de l’héroïne pour payer son long-métrage bien que l’intéressé jure avoir réussi dans l’immobilier.

Il se permet même de faire des vidéos sur youtube pour expliquer ses choix artistiques et de faire des talk show pour parler de son phénomène. Le plus dingue, c’est qu’Hollywood va adapter au cinéma son histoire avec de vrais acteurs professionnels. Le film, appelé, The Masterpiece, devrait sortir l’année prochaine avec James Franco (photo ci-dessous) dans le rôle de Wiseau, Bryan Cranston, Seth Rogen, Zack Efron et Sharon Stone. Rien que ça. Wiseau lui-même devrait y faire un caméo.

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Il clame à qui veut l’entendre que The Room était réfléchi et pensé en amont. On en doute mais quand bien même, ce film est un coup de maitre et Tommy Wiseau un génie. Parce que faire un film si mauvais qu’il en devient un chef d’oeuvre tient du génie. Contre toute logique artistique et marchande, Wiseau a réalisé un classique. Un film qui traverse les âges et qui exerce un sentiment de fascination chez les spectateurs.