Compton, la face cachée du rêve américain

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Virée dans la banlieue ghetto de Los Angeles

C’est en 1988 que la ville de Compton est propulsée sur le devant de la scène internationale. L’année coïncide avec la sortie de Straight Outta Compton, l’album emblématique du groupe de rap NWA(Niggaz wit attitude). La ville est alors présentée au monde comme un ghetto où règne la guerre des gangs, le trafic de drogue et les violences policières. Les paroles des chansons dépeignent une cité anarchique, brutale et économiquement dévastée. Pour ajouter à ce tableau déjà peu réjouissant, les six membres du groupes font une pose menaçante sur la pochette de l’album et le leader Easy-E pointe un revolver en direction de l’objectif.

Avec la sortie du biopic sur NWA, Straight Outta Comton, le dernier album de Dr.Dre, intitulé Compton et l’ascension du nouveau prince du rap Kendrick Lamar, le monde s’intéresse à nouveau à Compton. Les journaux et télévisions américaines proposent régulièrement des reportages montrant la violence et la pauvreté de la cité. Montrant par la même occasion que la ville est encore aujourd’hui comme l’avait décrit N.W.A dans les années 1980. Aujourd’hui symbole de la violence urbaine aux États-Unis, la ville de Compton était pourtant au début du siècle dernier un village de fermiers sans histoire particulière.

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Située à 10 km de Los Angeles, la ville de Compton est légalement une ville à part entière mais elle constitue plus une banlieue qu’autre chose. Cependant la ville n’est jamais rentrer dans le moule de ce que l’on appelle le modèle de la classe moyenne de banlieue caractérisé par un taux d’imposition élevé, de bonnes écoles et une population majoritairement blanche. Compton est devenue l’opposé d’une ville attractive. Elle est avant tout résidentielle pour une population pauvre. La ville ne dispose pas de centre d’affaire, ce qui limite leur potentiel commercial ni de quartiers résidentiels neufs, ce qui limite l’attrait de la ville pour un salarié aux revenues élevées.

Le manque d’attractivité économique et ses conséquences ont bouleversé la population de Compton. La ville, majoritairement blanche dans les années 1950 est progressivement devenue majoritairement noire dans les années 1970 puis hispanique dans les années 90. Ces changements sont à mettre en parallèle avec l’appauvrissement général de la ville. En 2000, 30% des habitants vivaient en dessous du seuil de pauvreté, soit le double de la moyenne de L.A (14%) et plus du double de la moyenne des États-Unis dans son ensemble(12%). Aujourd’hui, la réputation de « ville noire » colle à la peau de Compton et la violence qui y règne dissuade tout entrepreneur d’y investir.

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Sans investissements et revenues réguliers, Compton, comme beaucoup d’autres villes de banlieues s’enferment dans une spirale négative. Pris dans l’engrenage de la désindustrialisation et du désinvestissement, la commune ne peut en aucun cas maintenir ses infrastructures et assurer un service public viable. Mais alors que Compton avait désespérément besoin d’investissements et de projets, elle s’est contenté de solutions superficielles et inefficace à ses problèmes endémiques, accentuant un peu plus la précarité de ses habitants.

Bien que connu à l’échelle du pays (et du monde), Compton est loin d’être unique. Elle partage ses problèmes avec d’autres villes du pays comme Ferguson dans le Missouri dans la banlieue de St Louis, où avait éclater des émeutes raciales après une bavure policière. Ferguson a connu des changements économiques et de populations semblables à Compton. La population de la ville était en 1970 à 99% blanche contre 67% de noirs en 2010. Depuis, le chômage a atteint les 20% à Ferguson et le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a plus que doublé depuis 2000 seulement. Comme Compton, Ferguson a souffert de la désindustrialisation et des délocalisations.

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L’histoire de Compton ou Ferguson est symbolique de cette autre banlieue. Loin de celle dépeinte dans les séries TV et les films. Construite sur la base de beaucoup d’espoirs et habités par des vagues de populations précaires en quête d’une vie meilleure, les habitants ont pourtant du se réveiller et constater qu’il n’y avait que peu d’espoirs pour eux. Leurs rêves ont été entravées par une mauvaise politique de logement, la désindustrialisation, le désinvestissement et la ségrégation résidentielle.

NWA a tout de même eu le mérite, en 1988, de placer Compton sur la carte à défaut de lui avoir donné une mauvaise réputation à travers le monde. La situation s’est depuis quelque peu améliorer, en témoigne le chômage qui a un peu baissé. Cependant, les guerres de gangs et la précarité font toujours des ravages. Le rap semble aujourd’hui le seul moyen pour les habitants de Compton de faire parler d’eux. À tort ou à raison.

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