J’ai lu les tags des toilettes de ma fac.

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Les tags des toilettes de fac sont bien plus intéressants que les cours de sociologie.

Depuis que j’y suis entrée, les rumeurs que j’avais pu entendre au sujet de la faculté la définissant comme un lieu immense, impersonnel et à l’ambiance palpable se sont confirmées. Tenter de trouver sa salle de cours au beau milieu de 4 étages répartis sur 3 bâtiments n’est pas chose facile, surtout quand t’as ni GPS ni potes. Alors pour tuer le temps de tes premières pauses, seul, tu décides de faire 15 aller-retour aux toilettes et d’errer dans les couloirs en attendant la reprise de ton tant attendu cours de sociologie.

C’est en vivant ces instants de solitude et d’ennui que j’ai découvert qu’une myriade de punchlines et autres graffitis plus ou moins élaborés peuplent les murs blancs (enfin, plus trop du coup) de nos si familières facultés. Exploration d’un passe-temps vieux comme le monde, et compte-rendu photographique d’une chasse aux tags qui m’a fait plutôt marrer.

Sache que la première fois que le mot « graffiti » a été prononcé, c’était en 1856 à la suite des fouilles de la ville de Pompéi. Ce mot défini les phrases gravées par les visiteurs des sanitaires autres que celles des institutions reconnues (clergé et instances publiques). Prémices de l’expression d’une voix contestataire, le graffiti s’installe dans les villes avec le temps, et se répends sur les murs à mesure que la vie change.
Dès la fin du 19ème siècle, affiches, slogans et appels à la manifestation deviennent les outils de communication de la classe populaire (majoritaire, n’oublions pas) prônant positions politiques et sociales. Ainsi, jeter un oeil au contenu de ces traces donne un bel aperçu des attitudes culturelles et sociales d’une population.

Revenons à nos moutons, direction le water closet.
Aujourd’hui, nous sommes en 2016, et les tagueurs de toilettes ont troqué leur burin contre des marqueurs noir qui sentent bon l’amande. Autant allier l’utile à l’agréable! Cette popularisation de l’écriture vandale dans un lieu à la fois public et privé a permis à pas mal de monde de s’exprimer librement et anonymement, et d’aborder des sujets tabous comme le sexe et la politique. Bam.

Pourquoi ces deux-là? Certainement car lorsque l’on exprime une conviction personnelle relative à la politique par exemple, t’es sur.e de te lancer dans un débat qui n’aura certainement aucune issue. Bien sur, le débat est essentiel à la construction d’une idéologie et à l’affirmation d’une position, cependant, lâcher ta punchline sur un mur peut faire du bien. Une bonne dose de second degré est donc clairement nécessaire à la compréhension de ces textes qui parfois, peuvent être tranchants.

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La preuve que la faculté de lettres n’est pas synonyme de compétences orthographiques avérées. 

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OUAIS !

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Auto clash.

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+ 10 points de débilité pour toi.

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« Bel H ch F » a posée sa trace dans presque tous les toilettes de la fac, il paraît la répétition fixe la notion. 
Et en dessous, tu peux constater que l’auteur est VRAIMENT allé loin en cryptant ses propos. 

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Clap clap à toi!

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Amour spécial pour le travail d’illustration effectué ici.

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Il n’y a pas que nous qui sommes sur le coup! Le professeur de SES (Sciences Economiques et Sociales) et sociologue Denis Colombi s’est penché sur la portée politique des messages laissés par les étudiants dans les toilettes, et a tenté de les comprendre. Direction cette page pour en savoir plus sur la sociologie des messages anonymes (#ilovesociology).
T’es pas fan de la socio, de Durkheim, Bourdieu, toussa toussa? Pas de soucis, le Tumblr Graffitivre se cantonne à la puissance de l’image et répertorie les tags les plus wtf et les plus pétés des murs de notre beau pays.

Quand tu vois tout ça, et que tu penses que le graffeur Azyle a été récemment condamné à 138 000€ d’amende, c’est à ne plus y voir de réelle logique