Lisbonne, le meilleur spot de street art au monde?

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Street art à Lisbonne, meilleur spot mondial

Élue par le journal anglais The Guardian meilleure ville de street art au monde, Lisbonne en est désormais le centre névralgique avec pléthores d’œuvres de rues. Sur des conteneurs à verres, façades d’usines désaffectées, ou immeubles habités, l’art se révèle à chaque coin de rue et illumine la capitale portugaise.

Pourquoi Lisbonne est devenue en quelques années le spot ultime ? Tout simplement parce qu’il y a une forte présence de bons artistes, de la place et du beau temps. En somme, toutes les conditions pour s’exprimer librement.

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15h, les couchsurfers et moi-même nous dirigeons vers la mer, mais pas de repos sur la plage au programme malgré cette chaleur écrasante. A la place, on entre dans Underdogs Gallery, petit lieu d’exposition face à la mer pour y retrouver Marina, notre guide, qui pendant 3 heures nous montrera les plus impressionnantes œuvres de rues dans un Lisbonne non touristique. Un peu fatiguée, elle revient tout juste d’un vernissage de Vhils, célèbre street artiste portuguais, à Hong Kong. Clé dans le contact, vitres ouvertes, prends place sur le siège arrière et admire !

Ouverte depuis 2010, sous l’impulsion de Vhils, Underdogs Gallery promeut des artistes portugais et internationaux. Leur credo ? Ouvrir des portes, les soutenir. Tel un service public, l’art se transforme en une expérience accessible de tous les jours. La galerie propose aussi des visites guidées à toutes personnes intéressées.

Retour vers le passé. Dans les années 80-90, le boom du street art arriva des USA et intéressa tout de suite les portugais qui taguèrent chaque espace de mur disponible, avec plus ou moins de réel message derrière le graffiti. Le gouvernement condamna d’abord les actes de vandalisme et de dégradation du patrimoine. Puis, coup de théâtre en 2008, il eut la bonne idée de considérer le street art comme un art à part entière et l’autorisa tout en le réglementant.

Sa première idée fut d’inviter les artistes à peindre sur les containers de verres ornant les rues. La ville continua à soutenir les projets en trouvant des espaces disponibles et en fournissant des autorisations. Sa deuxième bonne action fut de donner un mur d’expression aux artistes. D’abord illégal dès ses débuts en 1994, car il entourait une base militaire, il est depuis appelée le « Hall of fame ». Sur ce mur, plusieurs œuvres nous interpellent. Elles sont quasiment toutes politiques et remettent en cause un gouvernement et ses ministres corrompus, ou encore la place du Portugal appauvri par la crise et fragilisé sous la suprématie du géant allemand.

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D’autres œuvres sont moins politiques et privilégient une certaine esthétique. C’est le cas de cette façade signée de Sainer, artiste polonais, qui effectua de mémoire ce portrait en 9 jours seulement et représente la senior portugaise des grands ensembles de banlieue lisbonnaise.

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Autre exemple avec la peinture abstraite de l’allemand Clemens Behr qui, en reprenant les couleurs du quartier, offre une œuvre s’intégrant pleinement à son environnement depuis 2014.

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Juste en face, toujours la même année, l’artiste brésilien Nunca représenta la figure du navigateur portugais Pedro Alvares Gabral, celui-ci même qui découvrit le Brésil. Cependant l’homme est représenté ici en mendiant, métaphore de la crise qui frappa durement le Portugal. L’autre moitié du tableau se situe au Brésil et y figure un homme lançant des pièces de monnaie aux nécessiteux.

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Penchons-nous un peu plus sur Vhils, l’artiste portugais le plus célèbre à l’étranger. Adepte du graffiti à ses débuts, il abandonna rapidement l’idée. Au lieu de rajouter une couche, il préféra se tourner vers l’art de graver et sculpter les couches des murs afin de faire ressortir des visages anonymes et de revivre l’histoire du passé. En 2008, Banksy l’invita à Londres pour une collaboration et c’est ainsi que Vhils a acquis depuis un certain prestige international.

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En 2010, ce dernier inaugura le tout premier festival de street art dans la capitale, invitant quatorze artistes du monde entier à venir pendant douze mois apposer leurs pattes sur d’anciens bâtiments légués précieusement par la ville. L’italien Blu y produisit une impressionnante œuvre dénonçant l’idée du capitalisme et de la société de consommation. Devant être éphémères, les trois blocs tiennent toujours debout aujourd’hui et pour encore longtemps, car le street art n’est pas qu’éphémère. 

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Photos tous droits réservés : Solenn Cordroc’h & Nilton Bormann