Chronique d’un désastre annoncé : le permis de conduire

idiot voiture

On connaît tous l’enfer des questions A et B

Le permis de conduire, c’est meilleur que le Bac, que le sexe, que la majorité universelle, que le Whooper de Burger King, c’est la liberté… et Dieu seul sait ô combien il est dur de l’obtenir si tu n’es pas une fille/un garçon manuel – comme moi.

A partir du moment où tu passes la porte de ton auto-école, tu es condamné à bouffer du code, des panneaux routiers, des voies d’insertion, des kilomètres de rues étroites en plein centre-ville et des putain de lignes blanches à franchir ou pas selon une méthode infaillible décidée il y a des années de ça par des mecs résolument pas penchés sur la pratique de la conduite.

Pendant un mois – ou étalé sur trois ans, tout est une question de motivation- tu vas être bercé par la voix criarde de la  » dame du code » qui répétera inlassablement les questions et les éternelles réponses A et B sur le ton le plus monotone qui soit pour te bourrer le crâne jusqu’à ce que tu retiennes à vie que tu t’arrêtes au panneau STOP et que tu doubles exclusivement  par la droite ,sauf dans telle et telle situation, of course – faudrait pas que ce soit trop simple, ton accès à la liberté.

permis de conduire

Dans une mini salle glauque, toi et tes camarades en cruel manque d’indépendance allaient défier les lois de la fainéantise et de la productivité pour réussir à atteindre le seuil des 5 erreurs maximum et crier haut et fort ALLELUIA.

Les plus assidus continueront de s’entraîner sur Internet grâce aux merveilles qu’il a fait naître en son sein à l’image du site Codeclic qui met tout en oeuvre pour que tu puisses regarder la vie à travers ton pare-brise. Après des heures en ligne, tu feras des merveilles en salle d’examen, tu sortiras de la pièce avec l’intime conviction d’avoir réussi et après des semaines de dur labeur, la douce voix de ton moniteur d’auto-école t’apprendra que OUI CA Y EST TU AS TON CODE DE LA ROUTE.

Pendant quelques jours, tu vas être sur un nuage triple épaisseur, autant que si on t’avait remis un prix Nobel devant tes parents en larmes… mais c’est parce que personne ne t’a encore dit que le PIRE était à venir : la conduite.

Il n’y a rien, rien au monde qui égale l’enfer des heures de conduite mais c’est le parcours du combattant nécessaire à ta survie et à ta liberté – on ne le dira jamais assez.

D’abord, il y a l’évaluation. C’est la première fois que tu montes dans une voiture côté conducteur, tu sers le volant dans tes mains, tu le ressens et tu te dis que ca va être ton allié pendant les trente prochaines heures qu’on te prévoit. 30 heures dans une vie, c’est rien – tout le monde l’a fait avant toi , tu peux y arriver.

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Bien sûr, ce qu’on ne te dit pas non plus quand tu es encore jeune et insouciant, c’est que l’aptitude au permis de conduire, c’est génétique : ma grand mère maternelle a eu son permis après 6 tentatives – les 3 premières fois, elle n’a jamais réussi à démarrer la voiture- et ma grand mère paternelle l’a eu au bout de cinq essais à l’âge de 40 ans, par l’opération du Saint –  Esprit. Je ne pars pas dans des conditions optimales, vous en conviendrez.

Sauf que voilà, mon père est concessionnaire et j’ai une jolie Chevrolet qui m’attend dans le garage – ma motivation est donc optimum et j’ai difficilement le droit à l’erreur.

Je n’ai pas assez de signes pour vous raconter les quatre ans de galère qui ont suivi pour passer mon permis mais je peux vous dire que je ne compte plus les fois où j’ai quitté la voiture en furie – j’ai pensé à commencer une thérapie à chaque fin de cours- je peux aussi vous dire que j’ai changé huit fois de moniteurs d’auto école avant de trouver le bon – ils sont tous partis en dépression après avoir tenté de m’apprendre à rouler au milieu de ma voie.

Au total, en quatre ans, j’ai passé 97 heures dans une putain de Citroën à doubles pédales, j’ai dû passer mon code deux fois – je tiens à préciser que je l’ai eu du premier coup à chaque fois , je suis une fille cérébrale- et j’ai eu mon permis de conduire le 1er mars 2014, au bout de la quatrième tentative et de 3500 euros déboursés.

Cette date est à marquer d’une pierre blanche, tout comme la fois où j’ai foncé dans un poteau de parking à 14 heures et crevé mes deux pneus avant deux heures après. Puis, l’apogée de ma vie et de ma liberté a signé mon retour dans le monde des piétons le jour où je me suis foutue dans un ravin, moi, ma Chevrolet et mes cervicales – un aller direct à la casse sans passer par le garagiste.

Depuis, je suis parisienne et l’affaire est réglée : je ne conduis plus.
ron permis