Lettre à Rone

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Aujourd’hui sort le nouvel album de Rone : Créatures. Nous avons reçu le témoignage affligé et affligeant d’un fan en perdition.

Cher Rone,

Je ne sais vraiment pas par où commencer. Peut être me faudrait il revenir sur notre histoire d’amour, nos heures passées ensembles et tous ces souvenirs qu’on a partagé l’un et l’autre. À cette époque, nous pouvions encore parler de nous et nous pouvions créer et imaginer de nombreuses choses ensemble. À l’heure où j’écris ces mots toute cette histoire et peut être même cette Histoire me semble fausse, surfaite et totalement irréelle.

Je me souviens encore, comme hier, de notre première rencontre. Un jour comme les autre pendant lequel je vaquais à mes occupations tout en écoutant tout ce qui pouvait tomber à portée de mes tympans. Toi, dans ta chambre, dans ce minuscule espace de 8 mètres carrés qui semblait pourtant échapper à toute véracité mathématique. Tu semblais pouvoir altérer le continuum espace temps et ouvrir des portes vers d’autres mondes avec une musique digne de l’escapisme. Elle semblait même en poser les fondements par son aspect éthéré.

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Cette puissance que tu insufflais aux machines et ordinateurs pour créer ta musique était plus qu’audacieuse mais toujours maîtrisée. Nakt et Parade se rejoignaient pour s’accoupler et former une véritable pièce unique et d’autres morceaux comme Bye Bye Macadam offrait une vision totalement nouvelle de la musique. Stupeur, rêverie, alcool et mystification sont les mots qui tournaient dans ma tête alors que j’écoutais ton Tohu Bohu. Je me souviens que juste après notre véritable rencontre, tu m’accompagnais tout au long de mes activités, mes voyages et, parfois, mes nuits pour me conter de nouvelles choses et m’en faire découvrir d’autres encore plus belles.

C’était beau, c’était bien et, même si ça me fait mal de l’écrire aujourd’hui, c’était mieux avant. Les plus grands sages de ce monde disent que toutes les belles choses ont une fin et j’aimais à penser que cette fin ne résidait que dans celle qui venait au moment où je devais retourner le vinyle ou, tout simplement, repartir une nouvelle fois en compagnie de Bye Bye Macadam. Un nouveau départ vers une nouvelle fin pour, effectivement, profiter de cette échappée immobile.

Si je t’écris, aujourd’hui, cette lettre c’est pour répondre à cette nouvelle invitation que tu viens d’offrir au monde. Oui, nous n’étions pas que tous les deux mais bel et bien des milliers à avoir partagé des souvenirs et construit d’autres à tes côtés. Chacun d’entre nous a certainement un souvenir précis qu’il peut partager avec toi. Une idée, un moment ou une envie qu’il peut lier à toi, ta musique et ta vision de celle-ci.
Voilà que ces grands philosophes ont raison et que la fin est là. Elle s’installe dès les première minute de ces Créatures que tu nous présentes aujourd’hui. Les immensités infinies que tu semblais tenir au creux de tes mains sont désormais infimes et, sans doute, nulles. Il ne reste plus rien de tout ce que tu as pu, un jour ou une nuit, concevoir. Ainsi, les grandes cathédrales musicales dans lesquelles tu prêchais une musique spatiale ne sont plus aujourd’hui que d’énormes bâtisses vides et laissées à l’abandon.

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À l’heure où j’ai reçu ton album, les mots « stupeur », « rêverie », « alcool » et »mystification » qui avaient marqués nos précédents voyages n’ont laissé place qu’à des penchants négatifs. Dès la première écoute, j’ai ressenti un vide tout aussi grand que ce que tu avais pu créer auparavant. L’arrivée de nombreux featurings n’a rien pu faire et, parfois, enfoncé le clou dans mes tympans. Pourquoi es-tu parti en compagne de Étienne Daho aux dépend d’un astronaute plus à même de t’accompagner. Christopher Nolan a cherché à nous faire voyager dans les trous noirs et, toi, tu envoies valser tout ce qu’on a pu créer dans l’un d’entre eux. Aucun espoir d’une porte de sortie ou d’un échappatoire. Tu ouvrais des portes et semblais donc en avoir les clés. Voilà que tu les refermes derrière toi…

Comme tu l’auras compris, je ne suis pas parti avec toi et je ne sais pas si je pourrais à nouveau partir à tes côtés. Dire que je me suis senti trahi serait sans doute trop sentimental mais le début de la lettre l’est. Je ne sais pas quoi te dire de plus et, pour clore cette rupture, je citerai Georges Pernoud.

Bon vent.

Un fan, peut être.

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