Rootwords t’explique le rap Suisse

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Rencontre avec l’ami Rootwords

Peux-tu te présenter pour tous les déglingos de France qui ne te connaissent pas, en français ou en anglais, à toi de voir ?

Rootwords: Eh bien, Rootwords est mon nom, je suis un artiste hip-hop et je viens de l’underground. Je pense d’ailleurs que tous les artistes devraient en venir et pas arriver directement au stade de superstar. J’aime la musique et la musique est ma vie.

Ton label est Suisse, comment se passe le hip-hop là bas ?

Rootwords: Nous avons un label en Suisse qui s’appel Kinyama Sounds et en France nous travaillons avec le label français  Soulbeats Records. Trouver un label en Suisse a été difficile, je me méfiais souvent des grosses structures qui veulent changer notre style musicale. J’ai trouvé Kinyama Sounds par l’intermédiaire de mon petit frère qui était en école d’ingénieur du son, et qui a parlé de moi à son prof travaillant dans la boite. Le label était plus spécialisé dans le reggea et m’a invité pour que je rap. J’ai fait du hip-hop sur un style reggea, ce qui leur a plu, et peu à peu nous avons créé des relations de façon à ce qu’ils adaptent plus leurs styles vers le hip-hop. De mon coté j’ai essayé d’accorder mes musiques et mon écriture pour être également ouvert aux différents genres.

Donc Kinyama Sounds produit d’autres artistes ?

Rootwords: Non, avant ils produisaient des jamaïcains aussi. Le problème était qu’après avoir réalisé un morceau les artistes repartaient en Jamaïque et il n’y avait aucun suivi. À la différence, je réside sur le territoire et  suis surtout très motivé. Faire un seul morceau ne m’intéressait pas, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ont choisi de travailler avec moi. Ce n’est pas une grosse structure, ce qui leur permet de focaliser toute leur attention sur moi.

Parles moi un peu du rap en Suisse, sa donne quoi de manière générale ? c’est plus tourné vers l’anglais ou le français ?

Rootwords: Il y a beaucoup de rappeurs et la majorité reste française, je parle de la Suisse romande. Cette partie est très underground et regorge de talents hip hop. Cependant on a pas tous les mêmes objectifs. Nous sommes très peu à rapper dans le but d’en faire un métier; la majorité des rappeurs Suisses font ça pour s’amuser, ils n’ont pas assez de confiance dans les structures et le système. En Suisse les activités artistiques sont plus considérées comme un hobby et non comme un métier. En effet le système ne vas pas assurer tes arrières pour que tu gagnes ta vie, il va falloir trouver des gens ouverts d’esprit.

Du coup la compétition est moindre pour les rappeurs en Suisse, c’est comme une grande famille?

Rootwords: C’est underground. Il y a et il y aura toujours de la compétition. Cependant j’ai la chance d’avoir une personnalité qui me permet d’entretenir de bonne relations avec les personnes et de partager avec eux. Je connais beaucoup de rappeurs mais je peux pas savoir à quel point ils sont impliqués dans mon aventure musicale.

C’est donc bien différent de ce qu’il se passe en France ?

Rootwords: Ouais, on n’a pas l’esprit de quartier comme à Paris, de l’endroit où l’on a grandit. En revanche certains rappeurs qui débute en Suisse ont cet aspect là et intéressent pas mal de Français. Par exemple Gueule Blansh est dans ce style et a beaucoup de soutien en France. Pareil pour Makala; je suis allé à un de ses shows à Paris, et le public connaissait les paroles par coeur! Autant te dire que c’est pas le cas pour moi, peut être parce que je rap en anglais ou que je suis peu connu. Beaucoup de personnes ont longtemps pensé que je ne venaient pas de Suisse, j’ai du expliquer que j’avais grandi là-bas.

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Il y a des influences de différentes cultures dans tes chansons, tout le monde a envie d’écouter sans forcément se dire que c’est Suisse

Rootwords: Exact, mais ce qui est cool c’est qu’en Suisse je suis bien connu, surement parce que je suis l’un des seuls à rapper en anglais.

En Suisse, où est-ce-que tu te place par rapport au hip-hop de manière général ?

Rootwords: Je suis dans la nouvelle génération. En même temps, j’ai grandi dans l’âge d’or du hip-hop, j’aime les beats anciens. Ce que je fais est très encré en 2014, c’est donc forcément différent malgré la présence d’influences. Je peux pas m’enfermer dans une boite en disant que je suis oldschool , je suis plutôt de la nouvelle génération.Tout ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui dans le hip-hop, je l’ intègre et le ré-interprètent à ma façon, j’essaye d’être cohérent avec le monde qui m’entoure.

Te te sent en concurrence avec Booba ou Kaaris?

Rootwords: Ah non non non, rien à voir! Je n’écoute pas de trapmusic, c’est pas mon kiff. Je dis pas que c’est mauvais, je connais très peu ces gens là. J’arrive pas à m’arrêter d’écouter les morceaux de Kaaris, il y a quelque chose de diabolique dedans, et en même temps sa me fais bien marrer.

Y a-t-il des rappeurs français que tu écoute ou auxquels tu peux t’assimiler ?

Je suis pas très calé en rap français. Le micro d’argent de IAM était l’un de mes albums préférés, je rentrais de cours et je regardais le clip La Saga avec Wu Tang Clan sur MTV. Dernièrement j’écoute l’album de Oxmo Puccino qui est très bien. Après j’écoute des morceaux par ci par là quand je suis chez des potes.

Du coup t’es plus rap ‘ricain?

Ouais, j’écoute plus du oldschool. Après je continue de me tenir au courant de ce qui se fait.

Est ce que tu penses avoir la freedom of speech aussi bien en Suisse que dans ton rap en général ?

Rootwords: Ouai bien sur, mais c’est à double tranchant, il faut faire attention à ce que tu dis. Ma musique c’est comme si je me regardais dans un miroir, c’est moi. Ça peut changer avec le temps, si ma réflexion évolue. Il faut faire attention à ne pas dire de choses que l’on peut regretter. J’ai des valeurs assez fortes, mes parents m’ont donnés une éducation religieuse, bon je vais pas à l’église tous les dimanches hein, je me souviens même pas de la dernière fois où j’y suis allé, mais il m’en reste toujours quelque chose. Quand j’aurai des enfants, il faudra que je puisse leur expliquer les paroles de mes chansons donc je ne peux pas me permettre de dire n’importe quoi dans mes textes. Il y a des manières de faire, j’aime bien dire des choses qui peuvent avoir plusieurs sens.  Après chacun interprète la musique qu’il entend à sa manière, sa dépend de qui l’écoute et de quand il l’écoute.

Tu as commencé le rap vers 16 ans, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir ton premier album?

Rootwords: J’ai fais plein d’enregistrement auparavant mais j’avais jamais eu les moyens de bien les sortir. J’ai fait pas mal de featuring mais les gens n’étaient pas assez impliqué dans les projets. C’est seulement en arrivant chez Kinyama Sound que c’est devenu sérieux, c’était la première fois que les gens respectaient mon travail.

Tu es fier de ce que tu as produit?

Oui, je peux toujours faire mieux évidemment, mais je pense que ce que j’ai fait est satisfaisant.

Ton album représente un peu tous les sons que tu as pu réaliser antérieurement?

J’ai perdu beaucoup de morceaux parce qu’ils étaient mal mixés, mais j’ai réussi à intégrer des bribes de certains tracks dans mon album et à faire pas mal de rappels. Il y a 10 morceaux dedans mais ça en représente 200 pour moi.

Tu peux m’en dire plus sur tes vidéos drum diary?

On faisait ça pendant les tournées mais c’est fini maintenant. C’était principalement pour garder une relation avec notre public et l’informer en continu de nos activités via internet. Mais on s’est rendu compte que c’était un peu trop répétitif. Ça prenait beaucoup de temps et d’énergie pour finalement pas grand chose; ça générait en moyenne 200 views donc on a décidé d’arrêter. On va essayer de faire de nouvelles vidéos plus aléatoires, par exemple on fera des shows dans la rue ou dans les centres commerciaux, les gens seront peut être plus intéressés.

C’est important pour toi de raconter des histoires dans tes clips, visuellement parlant ?

Évidemment! Je suis pas très fan des clips de rap sans histoire où tu peux juste voir un mec avec ses potes calé devant un mur. On va essayer au maximum d’avoir un concept en plus dans nos vidéos. Dans le clip Reprezent on utilise une caméra 360 que Sony venait de sortir à l’époque, on était les tous premiers à l’utiliser de cette manière. On a espéré faire un buzz monstre mais ça ne s’est malheureusement pas passé comme ça. Bref, on cherche toujours la créativité afin que les gens regardent nos vidéos plusieurs fois et les partagent. Mon but est qu’il n’y ait aucun dislike sur nos vidéos, je crois que le maximum qu’on ait eu jusqu’à présent c’est 3 dislikes. Je suis pas de la génération des musiciens qui postent immédiatement une vidéo pour chaque titre sorti, je préfère m’attarder sur un clip pour avoir le nombre suffisant de views.

Tu attends quoi du concert de ce soir à Paris ?

Une grande fête! J’ai fait Lyon la semaine dernière, puis Lausanne, Strasbourg hier et Paris ce soir; c’est la plus longue tournée que j’ai jamais faite. Je vois ça comme une bon test. Avant chaque concert je stress un peu mais finalement ça se passe toujours bien. J’angoisse déjà pour ce soir mais je pense que ça va être nice. J’y vais détendu car je n’ai plus de concert pour la semaine prochaine.

Ce soir il va y avoir de nombreux artistes qui passent, tu flippes à l’idée de rapper devant un public qui n’est pas forcément venu pour toi ?

C’est souvent comme sa dans les festivals quand on fait les premières parties. Je suis toujours étonné des gens qui ne me connaissent pas au début et kiffent ma musique après coup; je ne comprend pas qu’on puisse se rendre à un concert sans s’informer auparavant sur les artiste qui vont passer. Je fais toujours une recherche sur internet avant de me rendre à un évènement.

Are you Open Minded ?

Yes, I’m Open Minded and I try not to disrespect people, is not easy but I try !