Booba ce super héro du rap français enfin …

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Booba, Izi sur la comète

« Super héro du rap français » : maître incontesté des filles en leggings, modèle suprême de tous les lycéens et maestro des plus gros consommateurs de peura; Booba, 20 ans de carrière, de 92i à Lunatic, sa renommée et sa puissance restent indétrônables. « Mix enragés, lyrics engagés », la recette B2O continue de fonctionner; ma question préférée pour l’instant : qu’est-ce-qui fait de lui la référence ultime française ? Le futur Premier sur l’autotune, Booba est loin et annonce la couleur du futur dans le paysage du rap français : chanter, c’est bien (« Jimmy », « Tombé pour elle »). Un peu trop de retouches vocales entrainent un sacré mal d’oreilles.

Où est passé le flow d’un « Mauvais Oeil » ? Dans le passé. Toujours en avance dans sa carrière, Booba fait de « Futur » un album abîmé par cette utilisation exacerbée du modificateur de voix; on ne le reconnait pas, on dirait que sa voix a perdu 10 ans. Mais le Duc évolue dans l’ère du temps, il s’adapte à ce qui se fait et plait encore aujourd’hui, comme le démontrent ses instrus. On lui accorde la légitimité de faire bouger nos fesses; à l’inverse des nouveaux de la scène rap française, il réussit à produire des sons sur lesquels il est possible de « danser », à faire évoluer un style comme le rap où désormais l’égo-trip se veut plus dansant que larmoyant. En témoigne sa réédition « Futur 2.0 », sortie un an après « Futur », Booba s’épuise au niveau lyrics.

Quand on avait affaire à des phrasés métaphoriques à la « On m’a dit je t’aime et je saigne / J’ai dit je sais », on se retrouve avec des punchlines plus crues, pas toujours aussi sensibles genre « J’ai des gros bras la chatte à Popeye ». La métaphore ne paye plus autant, il faut du gras et du sale maintenant, faire dans le bas de gamme. L’inspiration a beau tourner en rond, il reste le maître de bons nombres de rappeurs, en illustrent les multiples reprises de son flow – avec plus ou moins de réussite –  sur « Kalash » l’année dernière (Disiz, Kaaris ..), et garde cette faculté de lâcher la punchline qui fait sourire … les vrais savent.

Booba et les autres  Depuis le début, Booba veut faire de la thune, d’où la récurrence du thème dans ses morceaux, et il est devenu le symbole ultime de l’auto-réussite, de Boulbi à Miami. Totalement conscient qu’il est au top, il peut tout se permettre, sa fanbase restera la même et achètera ce qu’il produit (à titre d’exemple, 19000 personnes ont acheté « Futur 2.0 » pour seulement 3 nouveaux sons).

Le concept plaît et fait adhérer, Booba a monté sa propre entreprise et fait du rap cainri en français. Ses clips ressemblent à des mini-films entre palmiers et money, drogues et gros bonnets, ses punchlines restent dans la tête au minimum une semaine et Ünkut re-crée la tendance ghetto du moment. Le trip américain par excellence, version céfran. Il est un des protagoniste de cette tendance rap et street culture depuis un moment; l’exemple le plus notable serait celui des nanas de 17 ans cherchant « des hommes, des vrais », des mecs qui parlent crûment, certes, mais qui ont ce côté voyous « ultra-kiffant ». Booba représente ça.

Savoir faire parler de soi, serait la deuxième règle pour réussir dans le rap game. Le principe se passe souvent hors contexte musical, sauf pour Booba. Il a tout compris et les feats avec un Rick Ross ou un 2Chainz ne font qu’affirmer sa crédibilité. Crédibilité qui n’est pas pour le moins entravée par des foutages de gueule en direct sur le plateau du Grand Journal ou par des clash avec des mecs oubliés. Parlons peu, le faux clash avec La Fouine n’a terni l’image que de celui-ci, car depuis 10 ans La Fouine n’a clashé que Kamel l’ancien et même ça on l’avait oublié. Evidemment, on épargne ROHFF, pas besoin de faire de détails.

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En attendant la suite des aventures de B2O, qui prévoit de sortir un album prochainement, le doute s’installe quant à sa place de leader, fortement concurrencée par l’arrivée en force de Kaaris. Ce dernier, pourtant présenté par Booba au grand public, reprend le côté cru et hardcore, qui plaisait tant au début des années 2000, et c’est sur ce créneau qu’il pourrait bien prendre les devants. Affaire à suivre, qui plus est après l’espèce de clash naissant entre les deux rappeurs depuis avant-hier. En fin de compte, tout le monde continue à écouter et à apprécier Booba, alors que celui-ci fait de la merde, mais avec un sens très développé pour bien la faire. On peut tout vendre, tant que c’est bien emballé.

 

« Si tu kiffes par renoi t’écoutes pas et puis c’est tout »