Ecolo branché et anti-beatnick à la REcyclerie

La REcyclerie 2
© Office Parisien d’Architecture

Street-food et bar en plein air, fais-toi plaiz’à la REcyclerie

Dans la gare désaffectée d’Ornano, au métro Porte de Clignancourt, un complexe va ouvrir ses portes début Avril.  Dans un carrefour entre le quartier communautaire, le marché aux Puces, et un corridor de biodiversité, on retrouvera donc un espace dédié au recyclage, à la réparation, mais aussi au street food de qualité. Tendance écolo sera donc de mise !

Nous avons rencontré Stéphane Vatinel de Sinny & Ooko (les gérants de la gare Ornano depuis décembre 2012), à la direction de La Machine, près du Moulin Rouge, pour qu’il nous parle du projet de La REcyclerie.

►Si vous deviez présenter la REcyclerie en quelques mots ?

La REcyclerie est un espace de loisir sur des valeurs qui ne sont ni culturelles ni sportives, donc autour d’une problématique qui intéresse énormément les gens aujourd’hui : comment je redonne une seconde vie à quelque chose, comment est-ce que je consomme mieux, comment est ce que j’apprends à avoir des gestes qui vont accompagner mon sens qui s’aiguise sur l’environnement. Or aujourd’hui, au sujet du développement durable, on a très souvent l’impression qu’on nous culpabilise énormément. Si tu ne mets pas ton papier dans le truc à papier, le plastique dans le truc à plastique, c’est vraiment pas bien. Alors c’est vrai que c’est pas bien. Mais on peut aussi le gérer de façon plutôt ludique que culpabilisante. La REcyclerie a pour vocation de mettre en pratique auprès de tas de gens toutes ces choses qui ont un sens, qui nous valorisent dans nos gestes, mais à chaque fois de façon ludique, pour que ça rentre dans la rubrique loisir.

Quand on fait à manger, on n’est pas obligé de faire dans l’indus’ tout pourri qui ressemble à rien. On peut apprendre comment faire des produits bons avec des produits simples. La cuisine n’a jamais été autant à la mode en ce moment.

Dans la Recyclerie, on a décliné ça à tous les niveaux. Il y a un type qui nous parle beaucoup, dans la symbolique de ce que peut être la REcyclerie, c’est Michel Gondry. Et ce qui nous a beaucoup plu, c’est qu’avec Be Kind Rewind (Soyez Sympas, Rembobinez), qui pour nous est un film culte, les mecs à base de récup’, vont créer un univers culturel fort. Ca nous plaisait de faire la même chose dans cette symbolique.

Arrêtons de jeter sous prétexte que quelque chose est cassé. On parle de la mort programmée des produits Hi-Tech, nous on va avoir un personnage, René. Femme ou homme, c’est l’étymologie du Re-Né qui nous intéressait. C’est quelqu’un qui va avoir pour vocation de montrer pour une somme modique que n’importe quoi peut être réparé.

Il va y avoir une grosse programmation culturelle, mais il va y avoir aussi des rencontres. Le lieu en lui-même doit respirer de façon esthétique, séduisante. On n’est pas dans les valeurs des vieux bitnicks des années 70, c’est ce qu’il y a eu de pire dans l’image de l’environnement. Si on veut être dans une démarche environnementale, il faut qu’il y ait des valeurs esthétiques importantes, parce qu’on est tous un peu des fashion victimes.

►D’où vous est venue cette envie de vous lancer dans ce projet ?

On s’est rendu compte que ça fait du bien aux gens, lorsqu’ils sentent qu’ils vont quelque part et qu’ils vont défendre une cause sans que ça soit culpabilisant. C’est du loisir presque utile. C’est de cette réunion entre une expérience et un lieu qui nous a donné cette envie.

►Vous distinguez le consommateur du consommacteur. Vous pouvez expliciter le terme ?

Implicitement, on cherche à avoir les deux. Le consommateur doit venir chez nous libéré de toute culpabilité. Le consommacteur est quelqu’un qui se dit « je suis consommateur, j’aime consommer, mais pour satisfaire ce besoin, je vais le faire de façon intelligente et réfléchie ». Le consommacteur un peu malin va être épanoui, et réussir ses objecifs en rencontrant des gens avec lesquels je vais pouvoir partager ces valeurs, sans frustration.

►Votre credo serait plutôt « C’est pas parce que c’est récupéré que c’est pas branché » ?.

Cette phrase est une non phrase. Aujourd’hui c’est branché de récupérer et de détourner. Le vintage va bientôt commencer à un peu agacer le monde. Notre proposition est une solution la plus sexy possible à « rien ne se perd tout se transforme ! ».

►Pourquoi une gare désaffectée ?

La gare était désaffectée depuis très longtemps. Quand on trouve un lieu, il faut lui trouver une bonne destination, ça aurait été très con de faire un prix unique là-dedans !

La REcyclerie

►Quel service de la REcyclerie est amené à avoir le plus de succès ?

Je pense que René va avoir le plus de succès. C’est un pédagogue, c’est cette frustration du quotidien disparue, d’avoir des choses qui ne marchent plus chez soi et que l’on peut retaper comme ça.

Après je pense que c’est vraiment les rencontres amenées par les workshops qu’on va mettre en place tout au long de l’année. Et, le dernier truc, c’est le street food qu’il va y avoir.

Je suis un mec frustré qui a remarqué que le street food existe partout sauf chez nous ! Et c’est chiant, parce que ce genre de truc plaît aux gens. Mais en France, on a pas le droit de faire la street food.

Ça va mettre du temps à se mettre en place, mais je compte vraiment là-dessus. Et sinon, les quais vont amener une notion de ferme urbaine. On créé des déchets par le biais de ses épluchures, et je le file directement à manger aux animaux.

►Il y aura plusieurs thématiques par mois, vous les choisissez comment ?

C’est un lieu de quartier qui accueillera des initiatives personnelles. On est en train d’interpeler beaucoup de gens qui sont dans le périmètre de la gare, pour leur demander leurs envies. Or le 18ème est un endroit méga riche culturellement ! On sait qu’on va certainement avoir l’embarras du choix.

►Si vous aviez un projet à ajouter à la recyclerie pour le moment ?

On voudrait prendre un positionnement sur une alimentation générale de bons produits, un primeur. Si l’on pouvait fournir à ces gens de la porte de Clignancourt une espèce d’Eldorado de bons produits sélectionnés, j’aimerai bien qu’on sache faire ça.

►Niveau ambiance, la recyclerie, c’est plutôt hype ou plutôt n’importe qui ?

On est dans une économie positive, on fait du commerce, ça s’adresse à tous, et seuls restent ceux qui se sentent vraiment à l’aise. Moi j’aimerai bien que les valeurs écologico-environnementalo-consommations puissent être partagées par tous. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus relayé dans un milieu un peu bobo. C’est malheureux à dire mais c’est un peu comme ça.

Qui sont les gens qui sortent ? Aujourd’hui on a plus des universitaires ou des gens qui ont un regard militant sur le monde. On arrive à un prisme qui va englober une bonne partie de bobos. Toujours est-il qu’on va se positionner dans des prix pas trop chers. On y tient.

►Au niveau mode, quelle marque s’approcherait le plus de la recyclerie ?

On a beaucoup aimé l’initiative d’un groupe comme Converse. Cet été, ils ont monté un cordonnier chez lequel on pouvait amener ses vieilles Converses pour qu’il les répare sur place. Il y a des valeurs culturelles, environnementales, de réparation, et moi ça m’a énormément plu dans cette démarche. On est même en train de discuter avec Converse, finalemelement, notre René ressemble à leur cordonnier !

►Au niveau musique, quel son s’approcherait le plus de la recyclerie ?

Alors nous ça serait plus style musical. Ici à la Machine, on baigne dans l’électro, mais ça ne pourra pas être de l’électro. Feist, elle est belle, fraîche… Ou Lilly Wood & the Prick et Jill is Lucky. En tout cas une chanteuse, quelque chose de féminin, épuré, pop.

►Are you realy Open Minded ?

Pas du tout ! On est super curieux, tellement qu’on trouve souvent que les autres ont une meilleure idée que nous. Je trouve que c’est certainement la meilleure façon d’être open minded, parce que beaucoup de gens se disent « ce que je fais ça déchire ». Quand tu regardes les autres et que tu te dis « j’aurais trop aimé le faire ! », c’est sûrement la meilleure définition de l’ouverture d’esprit.