Nathanael Mergui parle de son bouquin NTM Live.

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On a discuté des flics, de NTM et de photos avec Nathanael Mergui.

 

En quelques mots, raconte nous ton parcours de photographe.

J’ai fait une scolarité classique, j’ai eu un BAC D (biologie). A la base, je suis un ancien nageur et à l’époque je rêvais d’être photographe de sport et petit à petit j’ai commencé à photgraphier les nageurs de l’équipe de France. J’ai collaboré avec la Fédération Français de Natation, puis je suis rentré au journal l’Equipe. Ca c’était en 1980, j’avais 14-15 ans. Ensuite, j’ai fait une école de photo à Toulouse, j’ai eu le diplôme en 94, à 20 ans, tout en étant déjà photographe de sport. Je suis passionné par la performance, qu’elle soit sportive ou musicale, ayant grandi dans un cité du 91 j’étais aussi attiré par le hip-hop. J’allais acheter mes vynils aux Halles, c’est là que j’ai connu tous les personnages du hip-hop français de cette époque qui sont tous les djs genre DJ Clyde, DJ James, Goldfinger, DJ Poska, Cut Killer et autres. Je me suis fait pote avec eux et après je leur ramenais les photos parce qu’ils voulaient les voir et ils ont kiffé mon boulot … Tu sais comment ça se passe, de toute façon, c’est du bouche-à-oreille, genre on t’appelle « Ah tiens, viens ici » donc je venais et puis un jour il y a DJ Premier qui vient … Voilà, ça se passe comme ça finalement !

Après, j’ai quitté l’Equipe. Quand je suis revenu de l’Armée en 96, je suis devenu photographe du journal de la ville de Saint-Denis, où il y a le Stade de France qui préparait la coupe du Monde, l’idée c’était, sur un travail photographique d’un an,  de montrer toutes les nations qui seraient présentes pour la coupe de 98 (Brésil, Algérie …).

Un beau jour, j’ai eu une proposition de la boîte dans laquelle je suis aujourd’hui, une boîte qui n’est pas dans le sport mais dans la santé. Donc mon boulot aujourd’hui, en dehors du hip-hop, c’est de photographier la santé des gens, par exemple de faire des reportages sur des personnes handicapées, sur les enfants, sur les cancéreux, sur les gens qui ont le Sida …

Voilà mon parcours, donc assez logiquement j’ai été amené à rencontrer NTM qui était dans le paysage parisien.

 

A l’époque où toi tu écoutais du hip-hop.

Exactement, même si j’ai toujours écouté ça. Je crois que la première chose que j’ai écouté, et je pense qu’on est assez nombreux dans ce cas, c’était Public Ennemy « It takes a nation of millions to hold us back ».

 

Tu as suivis les débuts du rap français, qu’est-ce-que ça fait de vivre les débuts d’un mouvement ?

Je t’avouerais que là justement depuis 5-6 ans, avec tous les gens qui m’entourent, on s’est rendu compte qu’il y avait une énorme différence entre ce qu’il y avait avant et cette fameuse époque de 90-95-2000. 90-2000, parce qu’il y a même eu les Sniper et compagnie, ces groupes là, d’ailleurs ce sont des gens que j’ai photographiés quand ils avaient limite commencé. Tunisiano, je l’ai photographié on savait presque pas qui c’était ! Pareil pour Disiz la Peste. Ce sont des atistes avec qui je m’entends très très bien d’ailleurs, que j’ai photographié, un jour je ressortirai des photos d’eux, des archives, je les ai vraiment pris dès le début.

J’ai pas la prétention de dire que j’ai anticipé ou vécu la naissance d’un mouvement, mais c’est vrai que c’était le cas ! A l’époque, je me posais pas de question, j’étais comme tout le monde, j’achetais des vinyls, j’ai dépensé des fortunes toutes les semaines, parce qu’on était un peu drogués au maxi qui sortaient …

Maintenant, je pense à ce mouvement, je veux pas tomber dans cette fameuse phrase, qui me fait rigoler, le « C’était mieux avant », mais c’est vrai que ça a beaucoup changé, il y a eu une évolution phénoménale, et je sais pas vraiment si c’était mieux avant, aujourd’hui il y a des trucs que je kiffe énormément … Tout évolue.

C’est quand même un beau parcours du rap français, après il y a quand même le débat de certains artistes que j’ai aussi couvert comme Booba(au moment de Panthéon), avec qui ça c’est bien passé à l’époque, mais aujourd’hui, c’est pas que j’ai pas d’affinité, mais je n’adhère pas forcément à ce qu’il dit. Il y a des artistes qui me parlent, d’autres qui me parlent pas, il y a des messages auxquels je suis sensible, d’autres non … Booba je suis pas fâché contre lui, mais c’est pas un artiste qui m’émeut plus que ça, bagnoles, gonzesses … ça me fait plus rigoler qu’autre chose, même si c’est sûr que c’est un gros artiste. On peut aimer ou pas ce qu’il fait, mais personne ne peut dire que c’est pas un putain d’artiste. Après les petites guerres, les clashs … Je suis photographe, ce qui m’intéresse c’est la performance.

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Est-ce que tu niquais la Police aussi dans les années 90 ?

Comme beaucoup, ouais, je niquais la Police, c’est sûr ! Même super vener.

Si je peux faire une parenthèse musicale, j’ai pas toujours écouté du hip-hop, avec Public Ennemy comme je te disais, mais j’ai grandit au Mexique donc j’ai toujours écouté de la musique latine, de la salsa plutôt colombienne on va dire, j’ai la chance d’avoir eu des parents qui étaient assez cultivés et eu un univers très varié sur ce qu’il se faisait, et j’ai été très vite dans rock alternatif, époque Manu Chao, Bérurier Noir, j’écoutais de la Black music, mais j’étais également très ancré dans cette culture là …

C’était quoi déjà la question ? Si je niquais la Police ! Ouais, j’ai eu une période ultra rebelle, j’écoutais The Clash et je niquais la Police grandement parce que j’étais anti-rascite, contre la discrimination que faisait la Police. C’est sûr que dans les manifs anti-Le Pen on lui en voulait à mort, mais aussi à la Police, peut-être que c’étaient des amalgammes qu’on faisait parce qu’on avait pas trop de neuronnes et qu’on était jeunes. Même si je reconnais qu’il faut des flics aujourd’hui , c’est pas forcément une corporation dont je suis très proche du fait de mon taff  mais je suis un citoyen donc je cohabite, si ma fille se fait agresser dans la rue, j’aimerais bien qu’ils viennent l’aider, mais ce sont des raisonnements que t’as à 40 ans que t’as pas forcément à 18. En tout cas, en 90 je niquais la Police lourd ! On s’arrêtera là dessus sinon ça va partir en n’importe quoi !

 

Donne moi ton avis sur l’évolution du rap. Tu écoutais du rap d’avant, mais écoutes-tu du rap d’aujourd’hui et quels sont les artistes que tu écoutes ?

Aujourd’hui j’écoute beaucoup de hip-hop, j’écoute Jay-Z, Nas. Un de mes rappeurs préféré, si ce n’est pour moi le meilleur, c’est Nas, c’est le patron de la rime ! Je lui ai dit, parce que je l’ai souvent photographié, j’ai eu la chance d’être avec lui dans les loges. Je suis pas très fan genre à cirer les pompes d’un artiste, sauf peut-être à Mohammed Ali, mais avec Nas on a eu une discussion de photographe à artiste, bon j’ai pas forcément un anglais phénoménal mais on a réussi à se comprendre et je lui ai dis que de tous les gens que j’ai photographié c’était le meilleur. J’ai beaucoup couvert le rap français mais également la quasi-totalité des ricains, sauf Dr Dre qui me manque parce qu’il vient tout les 150 ans en France et à part produire et sortir des casques il fait pas grand chose ! Mon rêve, pour répondre à ta question, ce serait qu’on revienne aux fondamentaux du hip-hop : un DJ, deux platines. J’ai rien contre les bands avec des instruments, j’adore, genre Nas avec un band il déchire tout, mais j’aimerais bien que les mecs viennent un peu à l’ancienne avec des beatmakers etc … Nas tu lui enlèves le band, tu mets un dj et deux platines il éclate la salle de la même façon, il nique tout. Aujourd’hui j’écoute avec une oreille avertie, parce que ça fait 20 ans qu’on écoute du hip-hop mais je remarque que ça c’est beaucoup électrisé, beaucoup modernisé, on est moins dans le hip-hop classique avec des beats à l’ancienne.

 

Comme on va parler de ton bouquin NTM Live, je te parlais plus du rap français,. C’est vrai que quand tu grandis, tu écoutes plus de rap cainri, que tu comprends mieux, et notament pour la musicalité, que le rap français n’arrive pas à faire.

Mon gamin il a 11 ans, il écoute Sexion d’Assaut comme tous les gamins de cet âge, et on discutait avec Bruno, Kool Shen, qui a un fils beaucoup plus jeune et qui écoute aussi, on comprend. Je les ai vu sur scène, je pense que Gims il sait chanter, il y a pas de problème mais je pense que de toute façon, aujourd’hui, tu fais pas carrière par hasard,  et il plait aux gens, il a son business, je critique pas je suis pas dans le même jugement de valeur genre il fait de l’argent, tout le monde fait de l’argent …

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Maître Gims et tout sa clique, on fait que les gens appellent ça du rap… C’est pas du rap. « Bella » c’est de la variété français !

Ayant grandit avec « Laisse pas traîner ton fils », et encore un des titre qui m’a le plus tué dans le rap français c’est plus « Le monde de demain ». Quand ils ont sorti ça, le premier titre de NTM, j’avais l’impression d’être un sur-homme ! Avec mes potes, en 2nd, on se filmait, on faisait des clips en playback, on jouait Joey Starr et Kool Shen et on devenait fous sur le refrain « La puissance est dans nos mains », on était en transe ! Aujourd’hui, quand j’écoute la Sexion d’Assaut, c’est chantant, c’est efficace en terme d’écoute. A la différence d’avant, c’est plus mélodique parce que c’est chanté. Mais j’aime les messages dans les chansons. Oxmo c’est différent et j’aime beaucoup. Youssoufa, j’écoute moins, je le connais, je l’ai photographié, c’est un mec qui vient de la cité, je le respecte beaucoup mais Kool Shen disait que depuis le 11 Septembre 2001, n’importe quel artiste à une ligne d’or, il peut parler de tout, la Syrie, l’actualité mondiale : le rappeur à un boulevard pour écrire … Peut-être que j’ai vieillit, je respecte tout le monde sauf les imposteurs qui font des sons pauvres, sans véritables paroles. Quand t’as vu, écouté, photographié des gens comme Busta Rhymes, Jay-Z, Method Man … après faut être burné pour passer derrière. C’est comme si je te faisais monter dans une Ferrari et après dans une clio, tu vas me dire « Oh! », c’est pas le même truc. Je suis plus sensible aux artistes, aux gens qui créent quelque chose !

 

Qui dit hip-hop dit graffiti, est-ce que tu as vécu ces années là ? Tu vas me dire que oui, mais la vraie question est : peux-tu me citer un graffeur que tu as rencontré et qui tue tout ?

J’étais sensible à Mode 2 parce que j’étais super fan de NTM et qu’il était dans le crew. J’ai kiffé Mambo dont je suis très proche aujourd’hui, à chaque fois que je prenais le rer je voyais ses tags et, au bout du compte, c’est le mari de la meilleure amie de ma femme donc je suis devenu proche de lui. C’est un artiste formidable. Mambo entrain de peindre ça, c’est de la performance.

 

Une marque pour toi, qui sort du lot, qui est une vraie marque hip-hop ?

J’affectionne particulièrement Homecore, mais je ne la porte plus. Les marques ricaines comme Sean John, de Jay-Z, Wrong. Carhartt évidemment ! Au lycée si t’avais le blouson à capuche avec le C, t’étais le roi! A 40 ans, tu t’habilles plus pareil, même Joey Starr, ça n’a plus rien à voir, on ne porte plus les pantalons où on peut mettre 40 personnes dedans. Dans le paysage hip hop maintenant, on ne s’habille plus pareil qu’en 2000.

 

Cite moi 2 photographes du photo-reportage et du milieu musical qui sont tes références et qui t’ont influencé.

Johnattan Mannion dans le milieux hip hop, c’est à mon sens le meilleur photgraphe au monde qui a fait des photos extraordinaires.  Il a fait des pochettes à couper le souffle, il est plus fort en studio qu’en concert, mais quand JAY-Z l’appelle c’est pas pour rien ! Un photographe français que tout le monde connait, c’est Armen qui vit à NY, il a un talent phénoménal, c’est un peu le Mannion français. J’ai autant de respect pour les vieux photographes de guerres qui ont vécus des conflits que pour ceux qui travaillent aujourd’hui. Je suis un passionné de Doisneaux, de Salgado et de Jacques Guez, qui a été en Irak pendant les bombardements américains Les mecs ils sont marqués à vie, j’ai un respect énorme pour eux, c’est pas le même métier, je suis un petit joueur à côté.

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Parle moi de ta relation avec NTM.

J’ai rencontré Joey Starr fin 98, NTM s’était arrêté, Joey avait crée BOSS (Boss Of Scandalz Strategyz) et Kool Shen For My People. A l’époque, je bossais avec Spank, un pote de Joey, qui m’a appelé au moment de la création de BOSS. Là je suis arrivé dans l’univer de Joey et je l’ai photographié en mode reporting chez lui à l’occasion de l’émission de Canal et de Skyrock sur eux. J’étais avec lui pendant 6 ans dans sa cave, tous les samedi soirs, on a fait des milliers et des milliers de photos. Je me suis dit que ce serait bien de faire un reporting sur l’émission sauf que, comme beaucoup, moi qui était fan de NTM, je trouvais qu’il manquait Kool Shen ! Un beau jour, on apprend que le crew se reforme (cf. au Grand Journal chez Denisot). Didier (Joey Starr), je l’ai photographié partout, même entrain de bouffer des pâtes. Je me suis inspiré du mec qui suivait Gainsbourg, le « photographe maison ». Mon idée de livre est venue après la reformation, c’était clair, les deux étaient de nouveau ensemble, c’était l’occasion rêvée. Ensuite, ils ont annoncé Bercy, il y en a eu 5, complet en 1h, alors qu’on sait c’est super casse gueule Bercy, c’est une salle immense! Et il y a eu le fameux concert de l’Olympia, qui est le premier chapitre du livre, c’était un concert intimiste, les gens du métiers, les médias et quelques fans. Et enfin, le dernier concert, au Parc des Princes

 

Tu les as tous vécu, c’était quoi le plus gros concert de tous ?

Bercy ! L’Olympia c’était le premier depuis 10 ans, Joey adore cette salle, comme elle est petite c’était du vrai hip hop parce qu’il n’y avait pas de scénographie. Il y avait une force  et une puissance incroyable, comme si ça ne s’était jamais arrêté ! Bercy, après, ils pouvaient pas se planter, la scénographie était millimétrée, c’était la plus incroyable que j’ai vue, un vrai show type ricain à la Jay Z ! Enfin, il y a eu un coup d’arrêt, ils ont pas pu faire la tournée des festivals en été parce que Joey est allé en prison.

 

Comment as-tu concrétisé l’idée du bouquin ?

Après le Parc des Princes, qui est un stade immense, en partant, j’ai vu la foule quitter le stade et là, j’ai su que c’était un moment historique. Donc j’ai commencé faire une maquette, à contacter les gens qu’il fallait. Les éditeurs que j’ai rencontré voulaient un livre sur l’histoire du groupe alors qu’a cette époque j’étais en 3ème et pour réaliser ce type de bouquin il aurait fallu rassembler au moins 30 photographes.  Finalement, j’ai renconré Gründ qui m’a fait confiance, qui était honoré d’avoir NTM alors qu’il a l’habitude de faire des livres pour Johnny Hallyday ou Mylène Farmer. Lui, pour le coup, il était openminded. Ensemble, on voulait faire un beau produit et pas mentir à l’acheteur. S’en est suivi deux ans, avec la Directrice Artistique Delphin, de boulot pour la maquette, les authorisations et pour créer l’univers du bouquin; c’était un vrai job artistique. Ce bouquin c’est le 3 étapes parisiennes de NTM et un hommage au groupe de 220 pages, 300 photos. Je voulais que le lecteur ai une fenetre sur les concerts, de fixer les choses et rendre hommage à tout ceux qui ont entouré NTM : la Clique, Lord Kossity, Raggasonic, Bustaflex, les danseurs, les choristes parce que c’était une grosse cavalerie tout ces concerts.

 

Quelques remerciements ?

Joey Starr et Kool Shen, j’ai l’impression de me répéter (rires). Sebastien Farant, évidemment, qui m’a permis de sortir ce livre et qui a eu l’idée qu’on soit coauteurs avec Joey et Kool Shen, que mon nom soit associé au groupe, c’est génial. Merci aussi à Delphine, la directrice artistique et graphiste, parce que sans elle il n’y aurait pas eu de livre.

 

La question de la fin : are you really OpenMinded ?

Oui, je pense que c’est pas prétentieux de le dire. Quand on vieillit on fait la part des choses et je peux dire qu’à40 ans, j’ai l’esprit beaucoup plus ouvert qu’à 18.

LIVRE NTM LIVE COUV