Billet d’humeur electro

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musique electro

Hallucination electro dans le bus 96

Cette semaine dans la rubrique électro, varions les plaisirs et ne parlons pas d’un artiste ou autre collectif. Observons plutôt le témoignage si bien original que surprenant d’un « instant d’vie » vécu lors d’un trajet en bus.

Un arrêt de bus, ligne 96, temps gris, il pleut, c’est l’heure d’aller au taff avec des restes de la veille qui s’évaporent par la barre au milieu du front !  Journée qui commence bien, t’as vachement envie d’aller bosser…

Mais, il se passe un truc pendant le voyage qui interpelle, qui fait sourire, une éclaircie dans ce ciel sombre. On parle electro ici mais il ne s’agira pas de faire un papier sur le dernier mix d’un tel, ou le reporting de la soirée d’un autre. Non.

Il s’agit de rapporter un échange vu (avec de vrais yeux tout piquants) entre un homme la cinquantaine (bien tassée), costard, cravate, pompes Méphisto et l’air d’un Senior Executive au caractère bien trempé, ni cool, ni tendre !

Assis à côté de lui, ce qui semblerait être son (petit ?) fils, perdu dans l’adolescence, portant sur son visage le mal-être que les jeunes de cet âge veulent cacher. Ecouteurs dernier-cri vissés aux oreilles, style Hipster mal foutu (pas encore de stachemou et pantalon slim, pas skinny, lol), bref un jeune avec lui-même.

 

« Poum Tsi Poum Tsi Poum Tsi Poum Tsi »

–          Euh tu écoutes beaucoup trop fort ton Boum Boum !

–          Boum Boum ?

–          Ta musique électronique là, celle que les sauvages écoutent dans les hangars.

–          C’est quoi ces préjugés ? C’est de la musique à part entière, au même titre que ce que tu peux écouter !

–          Oh arrêtes de te moquer de moi s’il te plait, ils n’ont même pas d’instruments pour jouer ce machin !

–          Bah justement figures toi que pour produire une telle musique il faut de sérieuses connaissances musicales (solfège, piano, clavier, basse). Ils n’utilisent pas des machins mais des machines !

–          Peut-être, mais c’est toujours la même chose et le même bruit, ça ressemble à rien

–          Tiens écoutes ça, c’est pas neuf, même plutôt vieux, mais toujours aussi bon.

Un écouteur passe d’une main à une autre, puis fini dans une oreille. Par chance, je suis debout à côté et arrive à capter le titre sur l’iPod.

–          Ouais…

–          Quoi ? T’aimes pas ? Attends c’est soft, c’est tranquille, c’est mélodique ça !

–         C’est vrai, ça me plait bien.

–          Ah tu vois, ça me fait plaisir !

–          Oui, non, oui, c’est pas mal, c’est « groovy ». C’est comme ça que vous dites ?

–          Peu importe, l’idée c’est que tu ressentes le truc, c’est une question de sensations ! Il y a plein de courants et de sous genres, à toi de voir ce qui te plait ou non et d’avoir des sensations. Tiens.

Nouvelle insertion du même écouteur dans la même oreille. Je « z’yeute » l’écran :

–          Ah, ça j’aime bien !

–          J’ai vu que ça t’avais plu !

–          Mais des fois tu écoutes des trucs plus costauds, plus hard !

–          Ouais surement dans un registre plus Techno.

–          Voilà ! Moi c’est ça que j’aime pas, la Techno, c’est répétitif, c’est plat…

–          Plat ? Mais t’as rien compris ! C’est une musique qui transporte, qui permet de s’évader !

–          Ouais avec de la drogue !

–          Drogue ? C’est une drogue cette musique. Ok ça tape, mais écoute ce morceau

Nouveau passage d’écouteur, sur l’écran : Mutate, Circle 2, Alberto Pascual Remix. Wow.

–          Mouais sans plus, c’est ce que je dis, c’est répétitif…

Le bus s’arrête, les portes s’ouvrent

–          Ce n’est qu’une question de sensation, tu verras………

Décontenancé je suis resté.

L’idée ici n’est pas de simplement conclure que la musique électronique est un problème générationnel ou encore qu’il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis, pas du tout. C’est une tranchette (petite tranche) de vie, un instant T, durant lequel j’ai halluciné tellement la scène était improbable. Rien de fou, pas de quoi en faire un chapitre et allonger tant de mots me direz-vous, on est d’accord. Mais voilà, le truc touchant dans cette scène, le truc étonnant, c’est que pour le coup l’habit ne fait pas forcément le moine et que le passeur d’écouteur n’était pas celui qu’on croit…

Guillaume