ORTIES : Sextape

Orties : Présentez vous.

C’est peut être le phénomène underground musical du moment, un mélange de genres à part entière. Du rap gothique electro punk, dirons nous ? Leur premier album, Sextape, est tout simplement inclassable. Kincy & Antha – des soeurs jumelles – vous le prouveront bien, et croyez-moi, elles n’ont pas froid pas aux yeux ! Attention à ne pas vous piquer …

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– Qui est Kincy, qui est Antha ? Qui écrit, qui compose ?

Kincy : On écrit toutes les deux, après on a différents mecs qui nous font des instrus, chacune écrit sa partie, on rassemble, on met en commun, et ça donne une chanson. La plupart du temps, c’est toutes les deux, chacune écrit sa petite partie.
Antha : Et ouais ! Chacune écrit sa petite partie, d’ailleurs on se bat pour le refrain.
Kincy : Voilà c’est ça, c’est à la première qui fera le refrain ! Et sur les instrus du nouvel album, c’est vraiment des gens différents…


– D’où venez vous ? Quel est votre parcours ?

K : On vient du 91, on se faisait tellement chier qu’on a fait un premier groupe de rock, où toi (Antha) tu chantais et moi j’étais à la guitare… Ca nous a vite saoulé aussi, et on a fait du rap… Et voilà, que dire d’autre ?
A : Moi, j’attends ma bière en fait ! Sans bière je ne peux rien faire !
K : C’est son carburant, non elle exagère ! Voilà  91, ville dortoir, tu n’as rien à faire, tu t’emmerdes… Donc tu bois des bières toute la journée !
A : A la base tu chantais mais tu t’es tellement niquée la gorge avec des splifs et la clope que tu te dis « bon bah maintenant, je vais faire du rap ! »

(Les bières arrivent – ndlr)

A : A la base tu chantais mais tu t’es tellement niquée la gorge avec des splifs et la clope que tu te dis « bon bah maintenant, je vais faire du rap ! »

– Vous faites de la musique depuis quand ?

A : Depuis 1963… ! Non je rigole ! Parce qu’on est immortelles, on n’a pas l’air comme ça.
K : Franchement ça doit faire à peu près 7 ans Orties maintenant…
A : Attends je vais essayer de compter… Je suis nulle en math.
K : Niveau rap ça doit faire 7 ans, mais le groupe de rock on avait 14 piges, donc 10 ans quoi… Dur !


– Vous avez toujours été influencées par la musique ?

A : Notre père est musicien de jazz  donc déjà…
K : Notre mère était à la base comédienne au théâtre.
A : C’est un mélange des deux !
K : Un mélange de performance théâtrale et de musique !

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– Pouvez vous définir votre musique en 3 mots sans utiliser : rap/ underground/ gothique / provocation/ sexe /cocaïne ?

K : Chanson française contemporaine ! C’est notre meilleure définition, parce qu’on n’a pas envie d’être dans une case, ni rap, ni truc gothique, c’est chiant aussi. Mais à la limite comme nous on a vraiment un amour pour le texte, là tu vois la Sextape sort mais on a vraiment envie de faire évoluer le truc, ça se trouve demain on rappera sur un piano… J’en sais rien.
A : Carrément ! Mais de toute façon le rap, c’est de la chanson française. Enfin façon de parler, mais quand tu écoutes Gainsbourg c’était quoi à part un fond de rap ? C’est de la poésie, enfin du moins je pense que c’est comme ça qu’il faut le voir.
Sinon en 3 mots, on peut dire un truc absurde : le Titanic a coulé ! C’est pas pareil, ça n’a rien à voir… !
K : De la new dream ! Tu sais la dream, le truc en Italie dans les années 90, super déprimant cette musique…
A : Qui se veut un peu commercial, mais pas du tout…
K : Enfin ça t’emmenait plus loin dans ta tête. Comme on a eu envie de reprendre des morceaux qui venaient de la Dream, on aime bien dire New Dream.
A : New Fucking Dream !


– Le coté provoc/trash, une image marketing réfléchie ou un reflet de votre vie personnelle ?

K : C’est naturel, ce n’est pas marketing…
A : Mais pour moi ce n’est pas que trash/provoc, quand tu vois d’autres trucs…
K : Ouais mais cette image la…
A : Ouais, ce coté là de Orties : trash/provoc, ça vient de nous. On n’a jamais aimé l’école, ce coté mauvaise élève, ça va ensemble… Mon père, disait que j’étais une cancre…
K : Et que tu étais une pute !
A : Et vers 15 ans, que j’étais une pute ! On a le même père… Inconsciemment, il nous a mis une image négative dans la gueule.
K : On aime bien faire chier ! A très peu que tu es une merde, et bah justement, t’as envie encore plus de…
A : Ouais je suis une merde mais je m’en tape, c’est assez jouissif de le dire d’ailleurs. Mais Gainsbourg aussi était une grosse merde, mais dans le fond on s’en fout ! De toute façon c’est pour ça qu’on a fait du rap parce que à cette heure-ci le rock, il a plus grand chose de rock… Où est passé le rock ? Ah je ne sais pas mais il est passé vers le Rap en tout cas !


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– Mais vous avez toujours eu une influence rock ?

K : A fond, ouais !
A : Mais on l’a toujours !
K : C’est cool d’être entre les deux, il n’y a pas que l’un et que l’autre.
A : C’est aussi envisager les concerts d’une façon rock et pas juste rap, déblatérer un texte à deux balles…


– Etes vous plutôt : Das Ich ou Dead Kennedy’s ?

K : Tu dirais quoi ?
A : Das Ich c’est industriel c’est ça ?! Et Dead Kennedy’s  c’est plutot Punk ?
K : Un mélange : entre les deux !
A : Avec d’autres trucs, il faut pleins de choses pour composer la recette ! Un peu de cocaïne ou héroïne… ! Et hop la !
Ça n’a rien à voir, mais un jour je mangerais bien de la viande de renard, je sais pas pourquoi, j’avais envie de le dire ! Un truc bien forestier !
K : Avec de la moutarde ?!


– Y a t-il une face cachée sur l’album Sextape ?

K : Ah ! C’est à dire…?
A : Bien sur qu’il y en a une ! Parce qu’il faut plusieurs lectures pour approfondir sa vision du sujet ! La première fois tu te dis pourquoi cette daube ? La deuxième : ah, c’est quand même marrant ! La troisième fois : ah, mais en fait ! La quatrième : ça y est t’es fan quoi !
C’est comme le livre de Kandinsky, Le Spirituel Dans L’Art : tu ne comprend pas la première fois, la deuxième tu commence à capter, et la troisième tu crois que t’as compris… Bon, par contre, t’as rien compris.


– Dans Sextape : quelle est votre chanson préférée et pourquoi ?

K : Moi, c’est panne de courant. Panne de courant/Piscine noire… Rien que le titre, il est à double sens. J’aime bien cette chanson parce qu’elle échappe au format classique : couplet-refrain. En fait, c’est marrant on avait voulu faire un truc nouveau, il n’y a pas juste un couplet, tu ne sais pas trop où il démarre, c’est dans l’a-cappella total complètement perdu dans la nuit noire…
J’aime bien le délire de ce morceau, pour le concept du texte. Tu ne sais pas trop où tu es, tu es ailleurs…
Pour les prochains morceaux j’aimerais vraiment que l’on aille encore plus loin dans cette expérimentation.
A : Je n’en ai pas de préférés, de détestés, je trouve qu’ils vont tous ensemble.
C’est un chemin un peu, comme le petit Poucet avec ses cailloux : tu as le premier, et puis encore un autre et tu arrives à un espèce de chemin, et c’est pareil dans Sextape, tu arrive à Orgasme, puis l’Outro et là : ah merde, tu t’es pommé !

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– Avez vous des projets à venir ? Scènes ou Featuring ?

A : Le prochain projet ce serait de faire un truc avec Devonté Hynes de Blood Orange parce qu’il nous a déjà fait quelques prods et on aimerait bien faire un truc un peu a part
K : En tout cas avec plusieurs compositeurs & beatmakers, et continuer à faire des trucs solo, c’est cool aussi. Pour nourrir le groupe. Plusieurs scènes à venir pour Mars, Avril.
A : Je pense que l’on est entrain d’entrer dans quelque chose, et j’espère que ce n’est que le début des Orties !

A : Je pense que l’on est entrain d’entrer dans quelque chose, et j’espère que ce n’est que le début des Orties !

 


– Avec qui rêveriez vous de faire un featuring ? Mort ou vivant ?

K : J’en ai un mais bon ça va se faire, donc ce ne sera plus rêvé… Mais je ne le dirais pas !
A : Je ne sais pas, pour un featuring rêvé, il faudrait vraiment que je sois amoureuse… Déjà c’est un mec… mais honnêtement je ne saurais pas te dire. C’est vrai que Gainsbourg j’aurais bien aimé…
K : Ou Chopin, rapper sur une nouvelle instru, inédite de ouf !


– TTC mentor ou petit joueur ?

A : Les deux !
K : Mentor, pas du tout !
A : Mentor non, après je pense que oui : ils ont apportés en France un espèce de rap/electro. D’accord, mais je t’avoue que je trouve que c’est vachement misogyne mais pas dans le bon coté, ça ne me parle pas en tant que femme… Parce que parfois il y a des mecs qui disent des trucs sur les meufs et ça me fait rire, mais lui il ne me fait pas rire.
K : Ca manque de profondeur, le délire léger, je trouve ça chiant… Et nous on aime bien les morceaux où il y a derrière une sorte de mélancolie… Là, c’est Fluo, et c’est tout.
A : Je trouve que ça ne va pas très loin, à la limite je préfère Le Klub des Loosers. Mais Teki Latex non, ne serait-ce que au niveau des textes… J’ai jamais trop écouté TTC, Le Klub Des Loosers je l’ai sur saigné !
K : Moi il y a deux albums que j’ai tués, genre que tu écoutes que ça pendant 6 mois, c’est Vive la Vie et Première Consultation.


– Comment on devient la plus pute de toutes les putes ?

A : C’est depuis longtemps, par rapport au regard masculin, comme je te le disais avec notre père…
K : Ouais le regard masculin de ton père qui semble désapprouver le fait que tu sois une fille finalement, cela te donne l’envie d’être pire que ce qu’il pense que tu est.
A : Voilà, notre père aurait voulu qu’on soit des garçons, ça aurait été plus simple pour lui, mais manque de pot on est des filles !
K : C’est marrant, c’est pour faire chier. Plus pute que toutes les putes ma gueule !


– Parler de cocaïne aussi souvent, est-ce un hommage déguisé à Jean Luc Delarue ?

A : Non, il ne m’inspire pas ce mec. Paix à son âme, ça me fait de la peine vraiment pour lui.
K : Il a quand même bercé une partie de notre vie,  qui n’a pas regardé ses émissions ?
A : La coke, il y a plein de gens qui en ont pris, qui en sont morts c’est vrai. Même Basquiat : coke & héroïne… Je pense que c’est quelque chose qui est vachement inspirant en fait. C’est pareil, c’est un peu le truc que l’on ne doit pas prendre… Je pense que c’est bien d’en prendre un peu pour s’inspirer. On aime bien franchir les interdits, c’est un peu comme la sodomie, il ne faut pas le faire mais moi j’adore !
K : C’est vrai ?
A : Ah, je ne te l’avais pas dis ?! Enfin, on s’en fout. Après il ne faut pas tomber dedans non plus, c’est comme quand tu appelles ton album Sextape, après il faut faire attention tu n’est pas une actrice porno, ou faire attention à ne pas être junky, sinon tu ne fais plus de son. Il faut en prendre, mais dans de bonnes occasions, avec les bonnes personnes.
C’est le coté interdit qui est fascinant en fait. D’ailleurs, tuer quelqu’un c’est interdit, et ça j’adorerais le faire ! Justement parce que c’est interdit. Ou j’adorerais voir quelqu’un mourir devant moi… !
K : Non, pas moi !


– Est ce que vous avez une déclaration d’amour à faire à Poutine ?

A : J’adorerais, qu’il me finance.
K : Son grand rêve, c’est d’être entretenue par un très riche monsieur. C’est bizarre hein ?
A : Par un riche connard, bon ça me ferait terriblement chier et je le buterais après.
Petite déclaration à Poutine : j’aimerais bien qu’il écoute Orties, que ça le choque et qu’il ait envie de m’enfermer, ça me ferait vraiment fantasmer, après je sortirais mon silencieux et je lui éclaterais la gueule.
Si il arrivait à m’enfermer vraiment ? Et bah je serais hallucinée !
K : Je le viole !
A : C’est pour ça qu’on défend cette cause, c’est hallucinant qu’il y ai des femmes (Pussy Riot – ndlr) qui se fassent enfermées à cause de la liberté d’expression, de l’art… Ca fait vraiment peur !
K : Si nous on était en Russie, je ne sais pas ce qu’il se passerait…!
A : Je pense qu’il y a eu aussi pas mal de censures dans notre pays. On n’est pas si libres que ça.


– Open Minded, qu’est ce que ça signifie pour vous ?

A : Pour moi c’est Orties ! On écoute pleins de choses différentes, à cette heure-ci je sais que je suis fermée à rien tant que c’est artistique, profond, sensible ou alors complètement taré ou complètement con mais quelque chose qui  m’inspire, qui touche mon âme en tout cas.
K : Il y a pleins de voies possibles pour arriver à la même sensation, c’est ça qui est important, c’est ce qu’il faut comprendre dans la vie : il ne faut pas se restreindre à un chemin.
A : A un style musical, plus tu grandis plus tu te rends compte de ça. A la limite quand tu es jeune, tu cherches à te mettre dans des cases mais il faut très vite sortir de tout ça. Parce que plus tu est ouvert sur le monde plus tu te rends compte qu’il y a plein de possibilités pour que ton âme éprouve quelque chose.
K : La, à notre âge on fait du son, mais peut être que d’ici quelques années on aura envie d’écrire des films, tout est ouvert.
A : Orties, ce n’est pas forcément que du son. J’aimerais bien que ce soit pleins de choses encore.

K : Il y a pleins de voies possibles pour arriver à la même sensation, c’est ça qui est important, c’est ce qu’il faut comprendre dans la vie : il ne faut pas se restreindre à un chemin.


– Un mot de la fin ?

A : J’espère que l’on ne va pas mourir pour rien et qu’il se passera des choses dans cette vie.
K : Que nous ne sommes qu’au début de la montagne qu’il faut gravir.


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L’album Sextape sort le 20 février dans les bacs ! Stay tuned !
www.ortiesdream.com

 

By Guillaume Trichet.