Guizmo Interview , c'est tout.

Tous ceux qui se sont intéressés à la nouvelle scène du rap français ont compris que Guizmo, a déjà marqué le genre avec sa plume et son univers si particulier. Un 3ème album dans les bacs le 19 novembre et une interview exclusive pour Open Minded !

– Comment tu en es arrivé au Rap ?

Parce que mon grand frère en faisait, moi j’étais un peu moins dedans j’aimais plus le football.

Un jour il m’a proposé de Pera, j’ai pas aimé ce que j’avais fait mais j’ai aimé rapper. J’avais 14/15 ans la première fois que j’ai enregistré, sinon j’avais déjà écrit 2/3 conneries avec mon poto Lascar au quartier.
On se fréquente depuis qu’on est né et comme tous les deux on écoutait beaucoup de rap, les grands frères aussi, on s’est mit à écrire et puis vers 16 ans c’est la où je me suis dis : « le rap c’est chanmé, c’est quelque chose que je pourrais maîtriser et en faire quelque chose de concret ».
Donc j’ai peaufiné mon délire, savoir bien maitriser la multi syllabique, les flows…
Puis vers 18 ans j’ai rencontré un collectif avec lequel j’ai écumé les Open Mic, les scènes underground parisiennes, jusqu’à Rap Contenders.

– Le Rap Contenders de 2011 un moment clef pour toi ?
(Guizmo gagne une Draft face à Aronstrong. Ndlr)

Ouais clairement ! C’était un truc autour duquel il y avait une émulsion chanmé et on est arrivé avec du niveau.
C’était du battle à capela, du 3/4/5 syllabes, des punch lines super travaillées et surtout le sens de l’humour ! La vanne qui va faire rigoler !
Parce que tu peux être super fort et technique et pas forcément faire marrer les gens…
C’était un peu le concept du truc, d’amener de la technique, du bon rap et en même temps cette touche d’humour, qui fait clairement la différence entre un clasheur et un rappeur.
On y a été, les gens ont accroché direct. On était à peu prés 5 ou 6 membres du même crew à y aller et à quasiment tout gagner.
Même quand il y a eu des défaites, les gars s’en sortaient bien.
Je pense que ça été un tremplin décisif de ma carrière et puis après bien évidemment les vidéos, les petits street clips que l’on a pu faire ont super bien fonctionné. On a eu la chance d’arriver pile poil au moment où c’était la tendance de foutre des vidéos sur le net, sauf que là on est arrivé avec un rap ovni, que les gens n’ont pas entendu depuis une dizaine d’années, et du coup ça a pris…

– Ce sens de l’humour tu essayes toujours de le garder dans tes lyrics ?

Ouais toujours ! A la base moi je suis un charrieur ! Je viens de quartier où l’on passe notre temps à se charrier : « ta mère ceci, regarde ton pif… » alors depuis tout petit j’ai la répartie facile, il suffisait de trouver les petits trucs.

Et cette touche d’humour on la retrouve dans certains titres, comme dans J’essayerai la femme d’un flic – dédicace à Kodjo et Fabio qui ont fait ce titre. C’est humoristique, c’est tourné à la dérision.

– Le collectif Entourage: un sujet tabou ?

Non pas forcément, c’est une période de ma vie, on a passé de supers bons moments, on a rigolé, on en a passé d’autres un peu plus relous…
C’est la vie, c’est que des rapports humains, au jour d’aujourd’hui c’est que de la musique. C’est passé, aujourd’hui je me concentre sur ma musique.

– Dans ton deuxième opus (La Banquise) tu affirmes dès la première chanson « J’suis l’meilleur », info, intox ou provoc ?

Dans C’est pas la même, ouais je dis « c’est moi le meilleur, le boss » Pour moi je suis le meilleur sinon je ne ferais pas cette musique.
C’est le but quand tu est un Mc, tu n’as pas le droit d’être faible, tu n’as pas le droit d’admettre qu’un tel est plus fort que toi et puis surtout j’estime travailler assez pour dire que je suis le meilleur.
Une cadence d’un album tous les 6 mois représente énormément de travail ce qui fait que je suis sens cesse en train de peaufiner mon art et ouais j’estime que je suis le meilleur et que j’ai complètement le droit de le dire.

C’est mon travail d’être le meilleur et tant que je travaille pour l’être je dirais que je le suis.

– Justement pourquoi tenir le rythme fou d’un album tous les 6 mois ?

Ça m’est venu comme ça, en impro style je faisais une vidéo où je déversais un peu ma haine et à un moment il y a eu cette petite touche d’humour, et je disais : « il est dit que je dois sortir 3 albums en 2 ans et bah moi je vais en sortir un tous les 6 mois ! »
J’étais complètement bourré mais au final le concept n’était pas si mal parce que ça donne une exposition constante et que ça me permet de faire ce que j’aime chaque jour. On a déjà commencé à bosser sur le 4ème, ça n’arrête pas.

– En terme de style on dit que tu oscilles entre rap old school et news school, t’en penses quoi ?

Je dis que je fais du Guizmo, j’ai été influencé par plein de types de musiques différentes et je mélange. C’est à l’oreille, au feeling.
J’ai des beat makers qui sont dans cette optique, qui sont souvent plus vieux que moi, qui ont écouté le rap des 90’s parce qu’ils ont été là, à fond dans la vibe.
Au jour d’aujourd’hui ces gens là sont aussi séduis par des morceaux plus dans la tendance et donc vu qu’ils ont les bases musicales des 90’s, ils peuvent mélanger ces deux univers et sortir quelque chose de complètement ouf.
Des morceaux comme Passé simple, si tu enlèves la mélodie complètement électro tu as l’impression que c’est un break beat ralenti !
C’est un morceau que j’ai aimé faire, c’est un univers qui ce rapproche beaucoup de celui d’artistes connus en France et c’est une manière de dire : « je fais ce que je veux dans le pera et je le fais mieux que vous ! »
Grosse dédicace à mon département, au 92 et à tous les mecs qui se bouffent la tête sur ce morceau. C’était pour enterrer quelque chose et je pense que ce morceau va remplir sa mission.

– Le titre « C’est tout » c’est un résumé de ta vie depuis ton succès ?

Ouais c’est ça ! C’est un morceau qui est dans la même trempe que Ma haine est viscérale, Guizmax… je vide mon sac, j’ai plein de truc à raconter, l’instru me fait cogiter et je me livre.
Je suis aussi beaucoup dans l’introspection, j’estime que je n’ai rien à cacher à mon public. Quand je me livre je ne fait pas semblant, je pense que c’est pour ça aussi qu’ils sont touchés, ils sentent que je ne me bride pas par rapport à certaines choses qu’ils ont envie de savoir de moi.
Des fois ça les fruste un peu de se poser plein de questions et que l’artiste ni réponde pas forcément, ni dans les morceaux, ni en interviews, qu’il reste complètement énigmatique et au final il n’y a pas vraiment d’échanges entre l’artiste et le public. C’est un truc que je trouve important.
J’ai des guizmettes et des gremlins qui me laissent des commentaires, qui m’envoient des tweets à cœur ouvert, alors je fais pareil, j’essaye d’y répondre.

Sur Twitter, je suis la H24 ! Je parle avec eux, on discute énormément, j’aime bien ce rapport de proximité avec le public, je trouve qu’il est super important pour la survie de l’artiste. Je respecte plus ma musique que mon statut, je respect toujours plus mon public que mon statut.

– Des scènes ou des projets à venir ?

Plusieurs scènes à venir, prochainement je suis avec Despo’ à Bordeaux, un artiste avec qui j’ai travaillé sur mon album puisque on a fait un track ensemble qui s’appelle Bitume, un gros morceau.
Le jour de la sortie de mon album je fais la 1ère partie de 2Chainz au Cabaret Sauvage, ça va être complètement ouf. Et le 30 je fais un showcase au Virgin de Barbès.
Beaucoup de projets ! Je ne dis rien pour le moment, je suis en mode boulot donc je n’aime pas trop m’avancer.
Avec l’équipe on a tendance à considérer que ce n’est jamais fini, que ça peut toujours être peaufiné, changé, renommé… on est déjà sur pleins de trucs, peut-être de belles surprises pour les périodes de fêtes, car j’ai toujours kiffé cela et rester actif à ce moment là me fait plaisir.

– « Are You Really Open Minded ? »

– Tupac ou Biggie ? Tupac
– Grec ou Mcdo ? Mcdo…
Mais je tiens à dire que certains grecs sont 10 000 fois mieux que le Mcdo, mais étant donné que il y a des grecs partout, si je dis grec je vais passer pour un mec qui bouffe tout et n’importe quoi donc Mcdo !
– Toncar ou maroco ? Maroco !

– As-tu enfin regardé les gremlins ?

Toujours pas…!
En plus il est passé la semaine dernière ! Je l’ai toujours pas vu ce film… un jour j’ai essayé, j’étais cuit, laisse tomber je me suis endormi devant !

Crédit photo : Richard Chax

By Guillaume Trichet.