The Truth Serum #5 – Ill Saint M

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Je ne vais pas vous mentir je ne suis pas forcément une grand fan de la ville de Marseille, il y a pourtant une chose qui fait que je « l’aime »: LA MUSIQUE , après un arrêt la semaine dernière pour mettre à nu le duo de Stéreoheroes, il était hors de question que je parte sans une autre interview, et c’est le mystère de Ill Saint M que j’ai décidé de briser. Pour les personnes qui suivent The Chemistry comme un bon chrétien qui idolâtre sa bible, j’ai déjà eu le plaisir de le recevoir dans une interview Kamoulox (disponible ici)

Intelligent, posé et calme, la maturité et l’expérience de Ill Saint M se font ressentir et dirigent sa carrière et ses choix. Il sait où il va et ce qu’il veut, c’est peut-être un des points fort de cet artiste trentenaire. Véritable touche à tout et sans limite il a commencé le solfège très jeune mais c’est seulement il y a 3 ans qu’il décide de se lancer véritablement.

Toujours pas convaincu ? recommence l’hypnose et rend toi directement en bas de l’article pour découvrir sa musique, et si cela n’a pas fonctionné je vous autorise a me dénoncé pour publicité mensongère.

INTERVIEW :

– Le froid commence à arriver et l’hiver aussi, comment tu te prépares psychologiquement à te geler le bout… du crâne ? Une astuce pour ne pas être malade ?

Je suis savoyard. Chez nous, les femmes accouchent dans la neige, sur les pentes des glaciers. Je suis hermétique au froid. Tu rajoutes à ça trois ans passé en Norvège et tu te diras sans doute que c’est par pur masochisme que je vis actuellement à Marseille.

– Dans ta description on lit que tu as commencé avec le saxophone, que tu aimes la funk, mais je ne trouve pas tellement cette petite touche dans tes productions… Pourquoi ?

En fait j’ai commencé par trois ans de violon que j’ai troqué, vers mes 10ans, contre un sax alto, pour le plus grand bonheur de mon entourage.

C’est vrai j’aime beaucoup le funk presque autant que je déteste le disco. Mais je kiff aussi plein de styles différents de zik : punk, métal, classique, expérimental, jazz, R&B etc… et puis vers le début des 90s, la musique électronique, le hip-hop et tout ce qui a suivi.

Je ne sais pas vraiment ce qui caractérise mon style, un peu tout ça j’imagine. Ce n’est pas un truc auquel je pense quand je produis. De mon point de vue, la musique nait avant tout de la fusion et la juxtaposition d’éléments de différents styles. J’essaye souvent d’aborder les choses un peu différemment, de les détourner, de proposer d’autres angles d’attaque. Par exemple, sur « A Pig’s Orphan » avec Justin Pearson, j’avais dans les oreilles la track qu’il avait faite avec les Bloody Beetroots et je me suis dit qu’il était plus intéressant de lui faire brailler ses lyrics sur un truc plus pumpy et groovy, plutôt que de faire le bourrin. Perso je trouve ça plus vicieux d’entendre son « PIG! BEG ME PIIIG! » sur un truc happy que sur du gros bois saturé. C’est d’ailleurs déjà ce que j’avais essayé de faire sur mon premier remix pour Dim Mak mais peut-être de façon moins marquée. Après, c’est vrai que j’aime bien aussi faire des sons plus emo et planants, comme par exemple sur « Bitches From Ostblock » où j’avais envie d’un truc un peu romantique avec un refrain au vocoder : « Bitches.. bitches… bitches.. we love you! ». C’est bien le genre de conneries qui m’amuse.

J’aime bien les mélanges sucré/salé, claquer un gros crash sur les temps à la manière d’un batteur de rock, sur d’un beat bien groovy ou des samples de batucada par exemple, ou insérer des espèces de shoots de section cuivre sur des tracks un peu violentes comme à la fin de mon remix de « Rapture ».

Finalement c’est sans doute ça mon style, essayer de marier des trucs qui n’iraient pas forcément ensemble pour produire un quelque chose d’autre, un peu comme l’effet Kuletchov au ciné.

– D’ailleurs tu as commencé à faire parler de toi à un âge où beaucoup de jeunes producteurs actuels ne feront déjà plus parler d’eux, peux-tu nous raconter ce que tu faisais avant et si tu penses que justement ton expérience « de la vie » est une vision plus mature de l’industrie de la musique et un avantage pour toi ou au contraire un regret de ne pas t’être lancé avant ?

Comme je te disais, j’ai toujours fait de la musique mais sans vraiment penser à en faire ma vie. C’était plus une façon pour moi de retrouver les potes, de m’éclater sur différents projets. Ma grande passion, depuis tout petit, c’est le cinéma, réaliser des films. A 16 ans je tournais mon premier court-métrage. Aujourd’hui ça peut paraitre banal mais à l’époque (rha j’aime pas dire ca !) c’était un sacré bordel. Je me rappelle, on filmait avec une vieille 16mm à manivelle sur de la péloche périmée. On bricolait des travellings et on allait monter la nuit en cachette à la Femis sur des vieilles tables en fonte « Atlas » avec des anciens élèves qui avaient 15 ans de plus que nous et qui nous regardaient avec des grands yeux. La vidéo c’était encore de la merde, il fallait tourner sur pellicule, donc trouver des financements, c’était un gros boulot en pré-prod et post-prod. Et puis après mes études de ciné, je suis allé sur Paris pour bosser sur des tournages comme assistant. J’ai bossé pendant plusieurs années là-dedans, pour finalement me rendre compte que j’en avais rien à foutre d’aller chercher Isabelle Huppert à son hôtel ou d’aller chercher des bières pour Emmanuelle Beart. Ce que j’aimais c’était faire des films, je n’avais aucune affinité avec le milieu du cinéma en lui-même. J’ai tourné un dernier film à Buenos Aires que je n’ai jamais fini de monter pour diverses raisons et je me suis barré bosser à Bruxelles comme technicien son. J’ai complètement laissé tomber le ciné. J’ai appris sur le tas et de fil en aiguille j’ai fini à Oslo à faire l’ingé son sur des gros trucs comme la cérémonie du Prix Nobel de la Paix par exemple.

En revanche je ressentais toujours le besoin de créer, alors je me suis mis à bidouiller des sons sur mon laptop. J’ai fait écouter à mon entourage, notamment à mes potes de SH et MP qui commençaient à percer. J’ai fait chanter ma copine de l’époque sur un de mes morceaux et la track est passée directement de mon ordi aux ondes de radios Norvégiennes alors je me suis dit « wow, c’est super efficace comme processus créatif ! » et j’ai continué. Autant pour le ciné, quand j’écrivais ou quand je réalisais, j’avais l’impression d’avoir tout le poids de l’histoire du cinéma qui me pesait sur les épaules: « Ingmar Bergman is watching you! », autant là tout était simple, je ne me prenais pas la tête, j’avais un rapport super direct à la création, un truc hyper simple. Je savais que j’avais zéro technique en MAO alors je m’appuyais sur ma connaissance de la musique en général, l’idée c’était avant tout de faire transpirer les gens en club donc rien de bien sérieux. Forcément, en trois ans, mon rapport à la musique a pas mal changé, j’essaye d’être plus créatif et plus singulier, de sonner plus gros. Le monde de l’Electro a aussi pas mal changé. C’est d’ailleurs assez fou de voir comment l’industrie de la musique s’est emparée du bébé. C’est sûr que c’est plus simple de faire signer un gars, de lui coller deux platines, un mur de LEDs et de remplir les stades avec, que d’avoir un band avec tout le bordel que ça entraine. Perso, je ne trouve pas ça forcement négatif : Electro marketing va gonfler pas mal de gens, moi le premier, du coup on va avoir envie de réagir contre ça. On va aller chercher de l’inspiration dans nos premiers amours, dans la genèse de la musique électronique. C’est d’ailleurs marrant comme les plus jeunes se mettent à redécouvrir la techno, les sons acids, la house de Chicago (avec ces espèces de vocaux putassiers qui me collaient déjà la gerbe à l’époque). Y a vraiment des bons trucs qui en sortent. Après il y a aussi le danger de penser que parce que c’est « vintage » c’est forcément cool. Ce n’est pas parce que tu vas avoir une bass de 303 et des drums de 909 que c’est forcement un gage de qualité. Par exemple, je trouve que déjà actuellement, dans ce que l’on appelle la « nu-techno », il y a déjà beaucoup de clonage, au même titre que dans l’électro-house et le dubstep. Finalement en essayant de se démarquer on a tendance à produire de nouveaux clichés (je m’inclus dans le « on »).

>>> Retrouve la suite de l’interview sur The Chemistry