Au Bahreïn, le roi tout puissant mène une monarchie meurtrière

L’hypocrisie du monde face à la puissance du pétrole au Bahreïn.

On entend très peu parler de l’île de Bahreïn, à moins que l’on habite dans un des richissimes voisins comme le Koweit, ou que l’on soit le président des Etats-Unis d’Amérique. Petit pays insulaire rattaché à l’Arabie Saoudite via un grand pont, le Bahreïn est le terrain de jeu d’affrontements violents entre musulmans chiites et sunnites depuis maintenant presque 7 ans. Emprisonnements injustifiés, tortures et assassinats sont monnaie-courante dans ce pays où le pétrole fait la loi.

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Bahreïn World Trade Center

« Le peuple réclame la chute du pouvoir ! »

C’est en 628 que le royaume de Bahreïn est converti à l’islam, faisant de lui un des premiers pays musulmans au monde. La famille royale Al Khalifa détient le pouvoir et impose s’impose un peu plus lorsqu’en 1932, des gisements de pétrole sont découverts sur les terres. Cela offre au Bahreïn une très grande influence politique mondiale, les pays riches d’Occident faisants en sorte de se faire voir sous leur meilleur profil. 1971 correspond à l’année de la déclaration d’indépendance du petit pays débordant d’or noir, celui-ci devient alors un Etat à part entière. Pourtant, les choses se compliquent lorsqu’Hamed ben Issa al-Khalifa reprend les choses en main et fait du Bahreïn un royaume.

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Le roi Hamed II

Il impose un régime monarchique et devient le roi Hamed II, musulman pratiquant et sunnite comme tout le reste de sa famille qu’il installe au pouvoir. On estime que 65% des musulmans du Bahreïn sont chiites, le reste étant sunnite, y compris la famille royale Al Khalifa. Avec une minorité sunnite riche qui détient le pouvoir face aux trois quarts de la population quant à elle plutôt pauvre et chiite, le conflit éclate et amène le peuple à manifester dans une violence inouïe en 2011. Chiites, riches, pauvres, hommes, femmes, adolescents et aussi sunnites s’allient pour protester contre le régime monarchique en place, et déclenche une vague de colère… Le 14 février 2011, la place principale de la capitale Manama est prise d’assaut par les manifestants, le gouvernement répondant alors par des arrestations arbitraires, des emprisonnements injustifiés et des actes de torture gratuits.

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Un manifestant face aux forces armées, essayant de rejoindre la place de la Perle en 2011.

Le 14 mars 2011, des troupes armées débarquent du pays voisin, l’Arabie Saoudite, pour aider la police à « calmer » le peuple chiite : les militaires ouvrent le feu et tirent à balle réelle sur la foule, faisant plusieurs dizaines de morts ce jour-là. Car si l’aide est naturelle, c’est bien car derrière tout cela, il y a le pétrole. Les forces armées américaines viendront aussi en renfort.

« Ce régime est corrompu. »

Au Bahreïn, la monarchie s’approcherait presque de la dictature car tout y est contrôlé, filtré et censuré. Les journalistes de l’opposition sont interdits d’entrée sur le territoire, et ceux qui parviennent à s’y infiltrer finissent tôt ou tard derrière les barreaux. Des actes de tortures ont été rapportés de nombreuses fois par des militants emprisonnés pour avoir incité à la mobilisation, et l’utilisation d’armes de manière arbitraire ne pose aucun problème. Au Bahreïn, tout est contrôlé par les autorités et le gouvernement, même les soins médicaux donnés aux personnes blessées lors d’affrontements

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Une banderole tenue par des manifestants où l’on peut voir le visage tuméfié des nombreuses victimes de violences policières.

Toute la population qui se définit comme différente de la famille royale Al Khalifa lutte pour faire tomber la monarchie que le roi Hamed II impose sans pitié. Mais l’espoir reste malheureusement trop mince… En 2016, un rapport publié par Amnesty International montre que, même si des systèmes ont été mis en place pour veiller au respect des droits de l’homme au Bahreïn, « la torture et d’autres mauvais traitements infligés par les forces de l’ordre persistent dans un système marqué par l’impunité et l’absence d’indépendance de la justice. »
Et l’hypocrisie des pays Occidentaux comme les Etats-Unis, la France et l’Angleterre les poussent à fermer les yeux sur la réalité d’un système gouvernemental où la violence détruit tout sur son passage, le pétrole étant une jolie carotte convoitisée.

« Les principaux clients du Bahreïn sont… »

Au Bahreïn, le pétrole représenterait 60% des exportations du pays, 70% des revenus du gouvernement et 30% du PIB. De plus, on peut lire sur le site diplomatie.gouv.fr que «les principaux clients du Bahreïn en pétrole sont l’Arabie Saoudite à 3,6%, les Emirats Arabes Unis à 2,4% et les Etats-Unis à 2,2%». On comprend mieux le pourquoi-du-comment, maintenant !

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La place de la Perle, le 14 Mars 2011.

À lire et à voir

Article sur Courrier International « La répression continue avec un dignitaire chiite déchu de sa nationalité« 

Rapport 2016/2017 d’Amnesty International sur le Bahreïn