La mafia fait sa révolution sexuelle (ou presque)

La polygamie bientôt légale à la Cosa Nostra ?

 

La mafia sicilienne est-elle en train de vivre sa révolution sexuelle ? C’est en tout cas ce qu’on est en droit de croire, quand on découvre l’histoire récente qui s’est déroulée à San Giuseppe Jato, à 30 kilomètres de Palerme. Dans cette petite ville de Sicile, tout le monde ne parlait que d’une chose sur la place publique : l’épouse d’un homme de main local a une relation depuis plusieurs mois, de notoriété quasi-publique, avec un jeune affranchi qui gravit les échelons. Oui mais voilà : des écoutes téléphoniques dans la province de Palerme révèlent que ce dernier a été gracié !

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Parce que oui, il y a une règle contre ça. En 2007, Salvatore « Il Barone » Lo Piccolo, Capo di tutti Capi (chef de tous les chefs) de l’époque, est arrêté chez lui, en train d’essayer tant bien que mal de jeter des documents dans les toilettes. Parmi ceux-ci, le Décalogue de la Cosa Nostra (la mafia sicilienne), les Dix Commandements version Don Corleone (à la place de Moïse) ! Parmi ces règles, la deuxième « Ne regarde jamais les épouses de tes amis », la septième « Les épouses doivent toujours être traitées avec respect », et la dixième « Ne peuvent pas faire partie de la Cosa Nostra : Quiconque a un proche dans la police / Quiconque a commis l’adultère / Quiconque se comporte de la mauvaise manière ou ne respecte pas nos valeurs morales », sont on ne peut plus claires. Les sanctions prévues, sont évidemment : la peine de mort. La justice de la Cosa Nostra est plutôt radicale en général.

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Le Décalogue de la Mafia, trouvé dans les documents de Salvatore Lo Piccolo.

 

Le quotidien la Repubblica, qui révèle l’affaire, parle d’une véritable « révolution du code d’honneur ». En effet, les policiers auraient même intercepté des conversations provenant du parrain régnant sur le territoire de San Giuseppe Jato, donnant son autorisation à cette relation extra-conjugale, et intimant même au mari cocu de ne pas entreprendre de représailles contre son rival ou sa femme. Comme le dit le quotidien italien « ce n’est plus la mafia d’autrefois ».

Il y a encore quelques décennies, dans les années 1980-1990, les meurtres pour adultères étaient fréquents. Dans le sud de l’Italie, le Mezzogiorno, où règnent principalement la ‘Ndrangheta (Calabre), la Cosa Nostra (Sicile), la Sacra Corona Unita (Pouilles) et la Camorra (Naples), les amants et les femmes adultères étaient souvent punis. Nombre de cadavres d’amants ont été retrouvés assassinés avec leurs parties génitales dans la bouche, mafieux ou non, c’était un peu la règle dans le Mezzogiorno. Les parrains faisaient régulièrement punir les « pécheresses », on peut notamment citer Rosalia Pipitone, fille d’Antonino Pipitone, qui, en 1983, aurait envoyé sa fille faire un faux braquage, pour tomber dans une embuscade et se faire tuer. Son amant, lui, sera jeté du sixième étage d’un immeuble.

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Mais la morale de la mafia est très discutable (sans blague ?). La règle d’or, comme nous le rappelle la Repubblica, c’est de protéger les intérêts de l’organisation. Rappelons que tous les parrains ont des maîtresses, mais ne sont jamais inquiétés, sauf quand on veut les discréditer ou les éliminer. Exemple : Tommaso Buscetta, le premier grand Pentito (repenti) de la mafia sicilienne, qui avant d’être retrouvé et tué, avait vu toutes ses aventures extra-conjugales remonter à la surface après avoir joué les balances. Avant de mourir en 2016, le vieux boss Mariano Marchese avait demandé une punition exemplaire (stoppée in extremis par la police) pour l’épouse d’un condamné à perpétuité qui prenait du bon temps pendant que son mari purgeait sa peine. On peut donc se demander d’où vient ce soudain excès de bonté pour l’amant de San Giuseppe Jato ? Beaucoup ne croient pas dans la théorie de l’évolution des mœurs … D’autant que le mari venait d’entrer dans l’organisation, et n’était que racketteur des bas-fonds, tandis que l’amant est l’un des cadres les plus prometteurs de l’organisation. Dans une Cosa Nostra affaiblie depuis la fin des années 1980, avec la ‘Ndrangheta qui a récupéré le trafic de drogue, les petits barons siciliens d’aujourd’hui arrivent à peine a prélever suffisamment d’argent via le racket des commerçants pour payer les salaires des membres de la Cosa Nostra (environ 5000 euros par mois) et entretenir les familles des mafieux incarcérés.

 

Alors à choisir entre tuer un de ses futurs chefs parce qu’il est l’amant de la femme d’un petit caïd, et bouleverser toute la hiérarchie (encore une fois), ou tenter de recréer un système viable et faire gagner de l’argent à l’organisation … la Cosa Nostra semble avoir choisi.