La Triple Frontière, zone la plus opaque du monde

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Le paradis sud-américain de la contrebande

La Triple Frontière a une réputation sulfureuse. Elle s’est développée avec la construction du barrage d’Itaipu dans les années 1970, plus grande usine hydroélectrique jusqu’à la construction de celle des trois gorges en Chine, puis avec la mise en place du Marché commun (Mercosur) en 1991. Mais paradoxalement, le développement économique lié à la mondialisation a surtout permis l’émergence d’une puissante économie souterraine.

Située aux confins du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay, la Triple Frontière a longtemps été une zone sans histoire. Un territoire sauvage, fréquenté par les défricheurs et les peuples autochtones d’une région esseulée. Devenue au début des années 1970 un puissant facteur d’intégration régionale, la Triple Frontière est aujourd’hui à la fois un territoire prisé des touristes du monde entier et des trafiquants en tout genre.

 

barrage d'itaipu

 

Accompagnées des touristes, les mafias du monde entier ont pris possession des lieux faisant de la Triple Frontière une plaque tournante de tous les trafics. on y rencontre donc les cartels colombiens, brésiliens et mexicains, les triades chinoises ou encore la camorra. Le tout faisant de la zone un sanctuaire où toute personne recherchée peut trouver refuge et faire des « affaires ». 

 

drogue

 

Ciudad Del Este (600k habitants), du côté paraguayen, qui jouit du statut de zone franche est le symbole de cette situation. Elle est devenue en quelques années un immense marché noire où des marchandises du monde entier sont redistribuées vers les mégalopoles brésiliennes. Chiffre édifiant, cette petite ville paraguayenne se classait au début des années 2000 au troisième rang mondiale pour les transactions commerciales derrière Hong Kong et Miami, avec un chiffre d’affaire supérieur à 12 milliards de dollars. Ces données sont aujourd’hui difficiles à mettre à jour en raison du caractère informel des activités de la Triple Frontière. Mais on comprend sans mal pourquoi le gouvernement paraguayen n’a pas intérêt à arrêter les activités illicites. 

 

brasil

 

« Le pont de l’amitié », reliant le Brésil et le Paraguay sur le fleuve Parana qui contribue depuis 1965 au commerce entre les deux pays est aujourd’hui le théâtre incessant des petits porteurs et des contrebandiers. Les cartons et camions, remplis de matériels électroniques, de cigarettes, d’alcool et surtout de drogues et d’armes à feu (dont la vente est légale au Paraguay) passent les frontières sans embarras grâce à la complicité des autorités locales. On estime aujourd’hui à 40 000 le nombre de personnes passant chaque jour par ce pont, dont la plupart dans des voitures volées. En effet, les autorités paraguayennes affirment que 70% des véhicules dans le pays sont d’origine douteuse.

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Autre élément douteux, le port argentin de Puerto de Iguazu permettant d’accéder à l’Atlantique. Il serait le fer de lance du trafic de cocaïne et de marijuana en Europe. Les autorités portuaires ferment évidemment les yeux tandis que la corruption généralisée et les immenses largesses des gouvernements paraguayen, brésiliens et argentins permettent aux organisations mafieuses du monde entier de venir blanchir leur argent sale dans ce paradis sud-américain de la contrebande. Il n’est également pas facile de s’intéresser à cette « zone grise ». Tous les journalistes téméraires s’étant intéressés aux trafics de la Triple Frontière ont reçu des menaces ou sont décédés dont deux de la télévision paraguayenne ABC Color en 2006. 

 

marijuana

 

Dans le contexte sécuritaire post 11 Septembre, les États-Unis ont renforcé la surveillance de cette « zone grise » désormais connue pour abriter des cellules terroristes islamistes comme le Hezbollah, le Hamas ou les frères musulmans. En réponse, les États-Unis ont crée avec les tri-frontaliers le groupe « 3+1 » afin de renforcer la coopération pour la surveillance du crime organisé. Les États-Unis ne sont pas seuls à avoir des vus sur la région. Plusieurs sources affirment que les services secrets iraniens et chinois sont établis dans cette zone dans leur lutte contre le terrorisme.

Repère de criminels, terroristes et agences de renseignements, la Triple Frontière est un sanctuaire difficilement pénétrable. Heureusement, la région permet aussi aux touristes de venir se rincer l’oeil devant les chutes d’Iguazu.

 

chute d'iguazu