Flavien Berger, ce E.T de la musique pop-électronique

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Flavien Berger : « Faire de la musique, c’est faire une tâche dans la culture »

Il raconte des histoires fantastiques et voyageuses pour nous faire décoller de la planète Terre. A la fois interstellaire et marine, calme et électronique, aussi bien perchée dans la stratosphère de L’odyssée de l’espace qu’enfouie dans les abysses de La vie aquatique, la musique de Flavien Berger est emplie de paradoxes, comme son auteur. Entêtante et décidée, directe et lyrique, sa prose musicale, inclassable, nous rappelle les images d’Epinal et leurs doubles facettes. Si Flavien Berger était un film, il se déroulerait dans l’espace avec Phillipe Katerine, Vincent Macaigne et Bill Murray. A quand le tournage ?

C’est lors de l’agréable festival Les Indisciplinés à Lorient que l’entrevue s’est déroulée, ponctuée par les tintements des couverts de Flavien Berger mangeant goulûment sa blanquette sauce champignons.

flavien berger

 

Pourquoi comme beaucoup d’artistes ne projettes-tu pas de vidéos en live ?

Jouer devant des images défocalise l’attention. Même si ça peut te transporter ailleurs, c’est trop d’informations et on est déjà trop entouré d’informations tout le temps. Quand tu vas à un concert c’est pour rêver et non pas pour qu’on te matraque à nouveau d’images.

Pourquoi souhaites-tu improviser en live ? Est-ce un moyen pour te surprendre toi même et pour contrer une certaine routine ?

Il y a de ça oui, mais aussi l’envie de créer un moment unique. Les improvisations sont liées avec ce qui m’entoure, ce qui fait l’instant présent. L’instant sera partagé et différent à chaque fois avec le public. Un concert est un spectacle, on doit y trouver des moments un peu acrobatiques. Il faut qu’un live soit palpable et fragile.

Tu utilises un ordinateur pour créer ta musique, mais on ne retrouve pas l’outil sur scène. Pour quelle raison ?

Pour avoir une présence et incarner le live. Tu peux tout faire avec un ordinateur et moi le tout faire il m’angoisse. J’ai envie que les gens comprennent pédagogiquement ce qu’il se passe sur scène. Par exemple quand je joue du synthé, le public le voit.

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Est-il facile de créer aujourd’hui ? Est-ce que tu penses qu’un artiste est encore souverain de son œuvre ?

C’est un combat de créer aujourd’hui. Je ne vis pas de ma musique même si je travaille beaucoup dessus. C’est mon emploi de professeur qui me fait vivre au quotidien. J’ai du mal à faire des constats et à généraliser sur mon époque mais tout ce que je peux dire c’est que je fais de la musique et que la musique n’a pas une seule histoire. Elle crée des choses différentes chez tout le monde et tout le monde se l’approprie. Toi tu vas être triste sur ce morceau, toi ça va te rappeler quelque chose, toi tu vas détester, et toi tu vas t’embrouiller avec quelqu’un.

Une exposition est contextualisable par exemple, elle existe à un moment donné dans l’histoire de l’art avant et après. Il y a pleins de manières de la voir certes mais quand même un gros angle de lecture. Au contraire, la musique une fois que tu l’écoutes elle peut générer des milliards de choses différentes. Elle peut avoir des cycles, elle peut devenir de mauvais goût puis elle peut être récupérée par la génération d’après. On l’utilise et on la vit au quotidien dans l’instant car on a des systèmes pour écouter de la musique partout, tout le temps, dans ton casque, chez toi. Du coup un morceau de musique a plusieurs vies. C’est tentaculaire, une chanson part dans des dimensions parallèles à chaque instant.

Aujourd’hui dans l’industrie musicale on ne doit plus seulement vendre un produit, mais une relation avec son public. On appelle cela la « direct-to-fan strategy ». Les artistes vont être présent sur les réseaux sociaux et communiquer directement avec leur fans. Suis-tu cette tendance ?

Oui mais il n’y a pas de stratégie derrière. J’ai un Facebook, les gens m’écrivent des messages et je leur réponds. On m’aide à créer des posts certes, on m’aiguille, mais c’est moi qui écris. Si l’artiste semble plus accessible pour son public, c’est tout simplement parce que nous sommes dans une société de communication. Tant que je peux diner avec les gens, payer mon verre de pastis en loge, rencontrer les gens et kiffer, ça me va. Je fais ça vraiment pour kiffer. Au bout d’un moment si ça devient trop imposant, on trouvera alors une stratégie pour rester dans le surf et le kiff.

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Comment te vois-tu dans quelques années ?

Je ne me vois pas trop. Sinon, je veux bien me voir dans une maison à la mer en train de composer puis poser mon casque et rejoindre ma petite amie, faire une balade et reprendre le morceau là ou je l’avais laissé. Ensuite on regardera le coucher de soleil tous les deux, ce sera trop beau et on sera contents.

Comment t’imagines-tu la musique du futur ?

Elle sera générée par des ordinateurs. Les algorithmes permettront de savoir ce qu’on aime et en fonction de nos goûts comme aujourd’hui. Mais plus fou encore, les ordinateurs auront la capacité de créer nouvelles chansons qui seront uniques et infinies. Ce sera une ère androïde, générative et de synthèse. On est déjà dans l’ère de la synthèse. Les vêtements que tu portes, c’est en partie de la synthèse, les informations que tu consultes, c’est de la synthèse d’informations, ce qu’on boit, ce qu’on mange, ce qu’on écoute, ce qu’on regarde, toujours de la synthèse. La synthèse c’est l’extension de l’alchimie humaine de la fabrication à partir de choses existantes.

Si tu pouvais créer la bande sonore d’un long métrage, lequel serait-ce ?

Le prochain Richard Linklater (Boyhood, BeforeMidnight) parce que quand il intègre de la musique dans ses films il le fait de manière magistrale.

Carte blanche pour une soirée : où et avec qui ?

Sur une station spatiale avec Moondog, Sun Ra et Soulwax.

La fin de l’année arrive. On regarde comme à chaque fois dans le rétroviseur et on écrit sa liste de l’année. Quelles œuvres culturelles ont marqué ton année 2015 ?

Mad Max, gros apport à la culture internationale. L’album d’A$ap Rocky et l’exposition de Michael Butler dans mon musée préféré qui est une ancienne gare, la Hamburger Bahnhof à Berlin. C’est là-bas que j’y ai découvert un de mes artistes préférés qui est Paul Laffoley. Michael a travaillé dans cet espace pour l’exposition. Ce n’est que du papier, de la colle, du bois et il crée des machines pour des objets qui seront les installations en soi. C’est très joli.

Tes futurs projets ?

Je sors une mixtape gratuite à Noël. 8 morceaux que je balancerai en décembre comme on faisait à l’ancienne sur Myspace, comme quand on n’était pas obligé de faire semblant de payer pour de la musique. La notion de paiement n’est pas exhaustive au partage de la musique. Je me suis d’ailleurs mis à Spotify récemment. C’est une arnaque totale. J’ai reçu mon premier relevé d’ailleurs et je ne touche que quelques grammes de pattes de mouches. C’est de la baise mais bon.

C’est pour ça que Taylor Swift avait retiré tout son catalogue de toutes les plateformes musicales.

C’est intéressant mais c’est qui Taylor Swift ? Elle n’existe pas cette meuf, c’est un produit de major avec des fausses valeurs à deux francs. Pareil Neil Young a retiré tous ses albums et je pense que c’est un réflexe de vieux con. Il ne faut pas faire semblant que la musique est encore comme dans les années 70, il faut s’adapter à notre époque. Il ne faut surtout pas aller à l’encontre de la diffusion de la musique. Si tu crées de la musique, c’est pour qu’on l’écoute bordel ! Je ne dis pas que c’est ok et cool Spotify mais en attendant la rétention n’est pas une solution. Du coup la question c’est quelles sont les motivations des artistes pour faire de la musique, si ce n’est pas pour certains le fait de la diffuser ? Voilà c’est ça la vraie question, ça n’est pas comment on diffuse la musique ni comment tu gagnes de l’argent mais bien qu’est-ce qui te motive à faire de la musique.

Justement, qu’est-ce qui te motive toi ?

Partager des expériences sensitives sensorielles et imaginatives avec le public. Et donner des instants d’illustrations de rêves à des gens, les faire planer, raconter des histoires, procurer des émotions. Faire une tâche dans la culture.