La Semaine Sainte

La Semaine Sainte
La Semaine Sainte

La semaine Sainte, vient tout bouleverser.

Nous vous invitons à lire cette histoire née de cendres et d’ivresses, qui vient mettre un peu de chaleur dans cette journée !

 

Elle était accoudée au bar et suivait des yeux les volutes de sa cigarette.

Il était assis dans le fond et suivait des yeux les bulles s’échapper de sa chopine de bière.

L’ambiance tamisée les réunissait.

La nuit déjà bien entamée lorsqu’elle sortit la première.

Le jour encore discret lorsqu’il tituba le second.

Leur première rencontre sans aucun regard.

Tous deux habitent en face du bistrot, lequel est niché au cœur d’un quartier mal famé de Paris, laquelle ville les a acceptés comme enfants des années auparavant.

Habitués, elle à fumer au bar, lui à boire au fond, ils ne se savent pourtant pas voisins et se complaisent dans l’ignorance et la routine quotidienne.

Animaux nocturnes depuis l’adolescence, mais flemmards depuis l’âge adulte, ils se contentent alors de traverser la chaussée, lui à 20h, elle à 22h, puis de pénétrer dans le taudis qui leur sert de refuge et d’y rester allègrement jusqu’à une heure avancée.

Un jour pourtant, le bus de l’un étant en retard, le travail de l’autre ayant terminé plus tôt, ils se retrouvèrent sur le pas de la porte, traversèrent la chaussée de concert puis devant le troquet s’arrêtèrent. D’une galanterie naturelle il ouvra la porte brinquebalante et lui fit signe de s’avancer la première. D’un pas assuré d’enfant de cœur se dirigeant vers l’autel, ils s’assirent chacun à leur place et les yeux dans les yeux le temps passa plus vite.

Le troisième soir il s’assit au bar et ne buva pas. Le quatrième soir elle s’assit dans le fond et ne fuma pas. Le cinquième soir tous deux s’assirent côte à côte, à la table dressée pour eux par le gérant, tout à fait au milieu, à équidistance du bar et du fond. Dans ce nouvel espace de vie l’intimité naquit. Les langues se délièrent et la conversation débuta en se contentant de dire l’essentiel.

« J’ai soif !

Je veux fumer !

Nous sommes voisins ?

Vous êtes belle et délicate quand vous allumez vos mégots.

Vous êtes beau et charmant quand vous commandez bruyamment au patron.

Je vous aime.

Marions-nous.

Oui !

Allons chez moi.

Non chez moi.

Bien allons faire l’amour chez vous puis dormir chez moi.

Pourquoi ?

J’ai du café pour le matin.

Je vous aime. »

Sitôt dit ils partirent à vive allure, la clope au bec et le verre à la main, sortirent à l’air libre et s’embrassèrent sous le ciel étoilé. Un baiser comme jamais de plus délicieux ils n’en avaient goûtés, au goût de tabac chaud et de malt fermenté. Puis les baisers devinrent des caresses, les caresses des câlins et les câlins des galipettes. Et cela dura aussi longtemps qu’il était dur. Au petit matin, les yeux cernés et des courbatures plein les reins, ils sortirent nus de l’appartement et grimpèrent en galopant jusqu’au second étage, lequel se trouvait sous les toits, pour s’assoupir longuement dans une chambre qui ne sentait pas le tabac froid.

La lucarne entrouverte les réveilla bien tard dans l’après midi. Il ouvrit les yeux le premier et embrassa minutieusement le corps au goût de miel de son nouvel amour. Elle émergea du sommeil en gémissant. Puis ils se cachèrent sous la couette pour se protéger des voyeurs. Le crépuscule amena la faim et la soif et l’envie de fumer. Ils comblèrent vite fait ces besoins primaires et sortirent dans la nuit, à l’assaut de la ville, ce soir ils marcheront sur la capitale. Sixième soirée, animés d’une détermination nouvelle ils firent la tournée des bars, c’est à dire plus de quatre établissements visités, le feu sacré les animait et ils ne s’arrêtèrent pas avant de pouvoir se dire : on a fait tout ce qu’on a bu.

Se soutenant l’un l’autre ils errèrent longtemps sur les bords de la Seine, les éclats de rires fusaient, les gorges déployées s’animaient, puis ils s’arrêtèrent, en ce dimanche d’automne face au lever de soleil avant de rejoindre l’appartement des combles et d’y sombrer dans un profond coma maîtrisé.

 

Quatre heures seulement après s’être couché, il se leva le premier sans réveiller sa belle, des cernes creusaient son visage qui semblait être alors une mine à ciel ouvert. Les effluves de café emplirent bientôt l’air. Laissant la cafetière sur le feu il sortit acheter des viennoiseries et des cigarettes pour celle qu’il appelait désormais mon amour.

 

Le septième soir enfin, de nouveau réunis et au lieu de se reposer, ils firent des projets pour l’avenir, des listes de choses à faire et à ne pas faire, à dire et à taire, des lieux à visiter et d’autres à proscrire.

A la lueur d’une lampe à huile ils reviennent sur cette semaine passée, et se prennent l’espace d’un temps pour leur propre Dieu qui, conscient de ce qu’il a crée, fait le nécessaire pour ne pas le perdre, et ne s’endort pas sur ses lauriers.

 

Ecrit par Hugo Mallié.