Kendrick Lamar – good kid, m.A.A.d. city

Lamar… Kendrick Lamar. Non ce n’est pas le nom du nouveau James Bond mais bien celui de l’actuel roi du rap californien qui a affirmé son statut en commercialisant son deuxième album studio good kid, m.A.A.d. city le lundi 22 octobre. Une suite logique, un an seulement après avoir sorti son premier projet Section.80 qui avait fait l’objet d’une critique élogieuse par la grande majorité des médias sur cette planète. Toujours couvé par son mentor Dr. Dre, Kendrick monte en puissance avec ce concept-album narrant une partie de sa jeunesse pas toujours aisée dans les rues de sa ville natale Compton. Annoncé avant même sa sortie comme le disque rap de l’année 2012 par les spéculateurs, l’œuvre du chef californien aura certainement son mot à dire dans les classements musicaux de fin d’année. Après une semaine d’écoute intensive et de longues heures d’analyse sur rapgenius, voici notre chronique de good kid, m.A.A.d. city.

Compton, ain’t no city quite like mine. Vous l’aurez compris, tout commence à Compton, cette petite banlieue située au Sud de Los Angeles et devenue légendaire grâce au groupe mythique N.W.A. – composé entre autres de Dr. Dre, Ice Cube ou encore Eazy-E – qui a marqué des générations en popularisant le gangsta rap. Néanmoins Compton est aussi connue pour la violence qui y règne. Difficile alors de se construire un avenir pour cette jeunesse en proie à rentrer dans un gang ou à dealer dans la rue, constamment obnubilée par l’appât du gain. Ne souhaitant sombrer ni dans l’un ni dans l’autre, Kendrick Lamar est le genre de gamin qui a compris que pour s’en sortir il faudrait rapper comme ses pairs. Quelques années plus tard nait good kid, m.A.A.d. city – A short film by Kendrick Lamar – rétrospective autobiographique éblouissante d’un MC de 25 ans et symbole d’un aboutissement poussant le concept du story-telling à son sommet.

En abordant des thèmes accessibles à son public, le jeune prodige a enregistré son LP comme si il filmait un documentaire ultra-réaliste relaté à la première personne. La drogue, les gangs, la religion, la mort, le sexe, l’effet de groupe, l’alcoolisme, rien n’est laissé au hasard et c’est un portrait anarchique de sa ville que dresse Kendrick. Ainsi après une intro plutôt pas mal – Sherane a.k.a. Master Spinter’s Daughter – décrivant la rencontre et l’attraction pour une femme, le rappeur vient poser sur l’excellent Bitch Don’t Kill My Vibe. Chill time. Le message est explicite, la mélodie prenante – à noter la bonne rythmique – et un sourire se dessine sur notre visage. Vient ensuite le détonnant Backseat Freestyle dont le MC nous livre la signification en interview : Backseat Freestyle is being in the mind state of being 16 years old, and not having no cares in the world. Not giving a damn about nothing, but life and money and what you see in front of you. It’s not me talking now, it’s me talking then. Produit par le désormais célèbre Hit-Boy, ce titre révèle une puissance et une agressivité qui reflète la mentalité de l’adolescence grandissante. En gros, tout niquer et s’en foutre des conséquences.

Il serait injuste de ne pas souligner la lucidité du MC dans ses lyrics. Sur The Art Of Peer Pressure, Kendrick Lamar introduit le sujet avec une petite chansonnette typiquement made in california qui laisse place à la vraie chanson une minute après. Plus ténébreuse, cette partie du titre met en exergue la pression du groupe et les normes qu’il impose que ce soit dans la consommation de drogue, la violence ou le vandalisme. Le rappeur conclut ses couplets de manière significative et fataliste : I got the blunt in my mouth/Usually I’m drug-free, but shit I’m with the homies ou encore Rush a nigga quick and then we laugh about it/That’s ironic ‘cause I’ve never been violent, until I’m with the homies. Ce sujet est traité avec beaucoup de recul et de justesse et certains se reconnaitront puisque nous avons tous été soumis à l’effet de groupe au moins une fois dans notre vie. On retrouve cette clairvoyance sur good kid produit par Pharrell où le rappeur aborde plus précisément sa non-implication dans un gang et les conséquences néfastes que peut entrainer cette neutralité : But what am I supposed to do/When the topic is red or blue/And you understand that I ain’t/But know I’m accustomed to. Puis vient m.A.A.d. city, un son accompagné d’une double instru assez violente. La dernière ligne divulgue même le sens de l’acronyme m.A.A.d. : Compton, U.S.A. made Me an Angel on Angel Dust – Il existe aussi une deuxième explication valable de l’acronyme, My Angry Adolescence Divided – Angel Dust étant le surnom d’un psychotrope hallucinogène développé au XXème siècle connue sous le nom de Phéncyclidine ou PCP et réputé pour avoir des effets secondaires plus ou moins ravageurs. En combinant ces deux titres successifs, on retrouve le nom entier de l’album et on en comprend un peu mieux sa signification. Nous sommes les spectateurs de ce documentaire mettant en scène un jeune afro-américain livré à lui même dans cette ville impitoyable, plongés dans un environnement dangereux et malsain comme si tous les plans étaient filmés à la GoPro. Du très bon story-telling.

Le clip de Swimming Pool (Drank) :

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